Le satsanga
est fondamental pour le yoga. On considère en
effet qu'il est difficile, sinon impossible,
d'aller plus avant dans une vie spirituelle et
yogique sans lui.
Définition
: le mot sanskrit sat signifie « vérité »,
et sanga signifie « association »
ou « contact ». Donc, le mot satsanga signifie
« association [ou contact] avec la vérité
[ou la sagesse] ».
Il a
plusieurs niveaux de signification. Tout d'abord,
s'associer avec ceux qui suivent un chemin
spirituel, se rassembler pour mettre en commun
différents aperçus de la vie spirituelle et
pour méditer en groupe. Ensuite, s'asseoir en
présence de sages et écouter attentivement ce
qu'ils ont à dire. Dans ce cas, le point central
du satsanga est une personne considérée comme
ayant un éveil spirituel. Une telle personne est
capable de catalyser et de provoquer une prise de
conscience d'un niveau plus élevé chez ceux qui
sont présents.
A un niveau
plus élevé, satsanga signifie pour
chacun être en communion directe avec la
vérité de son existence. Il y a une
communication directe avec un niveau plus profond
de la Conscience universelle.
Rôle
: la fonction principale du satsanga est
d'éliminer l'ignorance, les dogmes, les fausses
croyances, les attitudes rigides et le
conditionnement. Il est très difficile
d'éliminer toutes ces choses par soi-même, car
elles sont enfouies en chacun et elles font
partie de notre personnalité. Notre
compréhension, ou notre manque de
compréhension, a tendance à tourner en rond
dans notre mental et il est difficile, sinon
impossible, de sortir de ces fourrés mentaux par
la pensée. Nous avons besoin d'être poussés
jusqu'aux limites de notre compréhension pour
faire un saut dans l'inconnu. Tel est le rôle du
satsanga.
Universalité
: le satsanga a existé dès que les êtres
humains se sont rendu compte des possibilités de
la sagesse et du savoir spirituel. C'est, sous
différentes formes, un des fondements de
nombreuses religions ou de systèmes mystiques.
Se rendre dans une église, une chapelle, une
mosquée, un temple ou une synagogue, cela peut
être un satsanga, s'il y a une ouverture parmi
les participants et si la personne qui conduit la
rencontre est éveillée spirituellement. Les
Ecritures et les textes mystiques sont connus
comme étant des satsangas, des enseignements qui
ont été mis par écrit.
Dans les
sociétés et les tribus dites primitives, le
chaman, l'homme ou la femme médecin, l'ancien,
l'homme ou la femme sage donnait des satsangas
sous la forme de rencontres au cours desquelles
il ou elle donnait des conseils à ceux qui les
demandaient.
Le Christ a
donné des satsangas d'un très haut niveau, tel
le Sermon sur la montagne. Sa vie était de vivre
la vérité. Ceux qui prenaient place autour de
lui s'imprégnaient d'un niveau de conscience
plus élevé simplement par sa présence, et ils
étaient transformés. Le Nouveau Testament est
plein de ses satsangas :
« Or, quand
Jésus eut achevé ces instructions, les foules
restèrent frappées de son enseignement car il
les enseignait en homme qui a autorité
[c'est-à-dire qui a un éveil spirituel] et non
pas comme leurs scribes [ceux qui ont plutôt une
connaissance intellectuelle] » (Matthieu,
VII,28).
Son autorité
venait de sa propre réalisation spirituelle, et
cela se sentait.
Bouddha donna
des satsangas à travers le nord de l'Inde
pendant près de cinquante ans, inspirant une
multitude de gens. Les textes bouddhistes sont
pleins de ses satsangas. En fait, la communauté
de bouddhistes est appelée sangha
« se rassembler », ce qui signifie
plus ou moins la même chose que sanga
« association ».
Dans la
Grèce ancienne, Socrate donnait des satsangas
aussi bien pour ses disciples que sur la place du
marché. Il inspira de nombreuses personnes qui
changèrent leur vie dans un sens positif, mais
il en dérangea d'autres qui n'aimaient pas
entendre ses vérités. Platon a transcrit les
satsangas ou la sagesse de Socrate dans Phèdre
et d'autres textes classiques.
Les
Upanishads sont des transcriptions de satsangas
qui résument l'essence de la pensée du Vedanta
et du yoga. Littéralement, le mot sanskrit upanishad
signifie « s'asseoir près de et apprendre »,
ce qui définit exactement le satsanga.
L'hindouisme
ou le Sanatan Dharma, dans lesquels le yoga et le
tantrisme enfoncent leurs racines, font
constamment l'éloge du satsanga comme étant
indispensable pour l'évolution spirituelle. On
met l'accent sur le fait que viveka (la
prise de conscience spirituelle) ne peut être
éveillé et affûté que par le satsanga. Le Ramayana
sanskrit affirme :
« Les sages
prennent un bain dans l'eau sacrée du satsanga.
En faisant cela, ils nettoient et purifient leur
être intérieur. »
Et de plus :
«
Satsanga est comme la pierre philosophale qui
change le fer en or. Même des personnes faibles
ont été complètement transformées par son
pouvoir. »
Valmiki,
l'auteur du Ramayana, est lui-même un
exemple d'une telle transformation. Pendant de
nombreuses années, il a été voleur. Puis un
jour, il s'est rendu à un satsanga du sage
Narada Muni, et il a été transformé.
Dans le Vigyana
Bhairava, un texte qui fait partie du
système tantrique du shivaïsme du Cachemire,
nous apprenons ceci :
« On devrait
faire l'expérience du vide créatif [d'une
totale prise de conscience], après un moment, en
compagnie d'un sage [satsanga], en face d'un mur
et dans toutes les situations » (verset 33).
Ce qui
implique que, si l'on peut entrer en contact avec
les dimensions spirituelles au cours d'un
satsanga, on peut le faire également quelle que
soit la situation, même en marchant, en parlant,
en travaillant, en réfléchissant et en faisant
la cuisine.
Le Bhaja
Govinda, une pièce maîtresse des textes en
sanskrit, considérée comme une expression
spontanée de Shankaracharya, le prince des
philosophes, et de quelques-uns de ses disciples,
porte aux nues le satsanga, au verset 9 :
« A travers
le satsanga [la compagnie des sages] apparaît le
non-attachement. A trvers le non-attachement
apparaît la libération à l'égard de l'erreur.
Avec la libération à l'égard de l'erreur, on
réalise la réalité immuable. Connaissant cette
réalité immuable, on se dirige en douceur vers
la libération spirituelle. »
En d'autres
termes, le satsanga peut complètement changer
notre perception et notre compréhension, de
sorte que nous devenons plus conscients (non
attachés). Cette prise de conscience nous donne
un aperçu de l'au-delà des apparences, et nous
cessons d'être hypnotisés par la nature
superficielle de la vie. Nous nous rendons compte
de l'existence d'une conscience suprême
sous-jacente (la réalité immuable), diffusée
par toutes choses. Cela est la voie vers la
réalisation spirituelle et la libération.
Dans le Yoga
Vashishta, un antique texte sanskrit, le sage
yogi Vashishta dit :
« Le
satsanga élargit l'intelligence de chacun,
détruit l'ignorance et la détresse mentale.
Quel que soit le prix, quelle que soit la
difficulté, quels que soient les obstacles qui
peuvent s'élever sur le chemin de chacun, le
satsanga ne devrait jamais être négligé. Le
satsanga est vraiment supérieur aux autres
formes de pratique spirituelle comme la charité,
l'austérité, les pèlerinages et les rites
religieux. »
Nous ne
devrions donc pas sous-estimer l'importance du
satsanga sur notre chemin spirituel.
Un cours
de yoga peut être un satsanga s'il permet la
transformation - s'il y a une atmosphère de
partage, d'introspection, s'il y a un mouvement
vers l'inconnu. Cela dépend du professeur et de
l'ouverture des élèves.
Ici, à
l'ashram, et dans les séminaires que nous
donnons à l'extérieur, le satsanga fait partie
intégrante des enseignements. Il agit comme un
moyen de réexaminer notre vie et notre but, et
comme un lieu d'échanges et de transformation
personnelle. Nous avons constaté que cela peut
changer radicalement la vision qu'un individu a
de lui-même et le sens de sa vie.
Au cours
d'un satsanga, il se peut que vous n'ayez
même pas besoin de verbaliser vos questions
d'une façon ou d'une autre, elles trouvent des
réponses. La question de quelqu'un d'autre peut
éclairer ou clarifier un problème qui vous a
ennuyé pendant un certain temps, quelque chose
qui a peut-être été la source d'une
perturbation mentale ou émotionnelle. Une
remarque faite par hasard (si c'est possible !)
au cours d'un satsanga peut enlever un doute ou
des obstacles et vous donner une nouvelle
direction sur le chemin du yoga vers la
réalisation du Soi. Votre compréhension et
votre perception peuvent devenir plus fines, et
alors vous commencez à comprendre quelque chose
pour la première fois. Chaque question
consciente a déjà une réponse inconsciente à
l'intérieur de nous. Notre mental ne peut pas
formuler ou poser une question si nous n'avons
pas déjà une réponse en nous, sous la forme
d'une graine. Donc le satsanga est un moyen de se
rendre compte que l'on a déjà, bien
qu'inconsciemment, la connaissance.
Recherchons
le satsanga. C'est essentiel pour aller plus
profondément dans la vie spirituelle. Vous
pouvez même avoir des aperçus mystiques ou
philosophiques. On dit que le satsanga oblige le
paradis à descendre sur terre.
Satsanga
contre kusanga. Comment peut-on expliquer la
différence entre satsanga « bonne
association » et kusanga « mauvaise
association » ? Dans le satsanga,
même si l'on est en désaccord avec ce qui est
dit, on peut sentir une atmosphère d'harmonie et
d'échange constructif. On peut se sentir en
équilibre et en paix. Dans le kusanga, il y a
une tendance au bavardage, au verbiage vide de
sens et à la médisance, ce qui laisse un goût
amer dans la bouche, ne mène nulle part et est
dégradant tous ceux qui y participent. Un
chercheur spirituel doit éviter le kusanga comme
un poison dangereux et rechercher la compagnie de
personnes motivées spirituellement, le satsanga,
autant que possible.
Que
devriez-vous faire pendant le satsanga ?
Cela dépend de chaque individu. Certains peuvent
se satisfaire de rester assis tranquillement et
de s'imprégner de l'atmosphère spirituelle.
D'autres peuvent aimer poser des questions ou
demander des conseils. Faites ce que vous sentez
juste. Si vous avez envie de poser des questions,
faites-le. Si vous n'en avez pas envie, ne le
faites pas. Restez simplement assis et écoutez.
Vous n'avez pas besoin d'accepter aveuglément ce
qui est dit ou les réponses données. Vous
pouvez douter, mais doutez avec un coeur ouvert.
Ecoutez avec humilité, exprimez votre désaccord
au moment approprié. Mais le satsanga ne doit
pas dégénérer en un match de mots ou devenir
un faire-valoir intellectuel. Participez avec une
attitude sincère et honnête, en étant
conscients que vous êtes là pour apprendre et
pour vous imprégner, et non pour prouver votre
intelligence ou votre agilité mentale.
On dit que
durant le satsanga, c'est la sagesse universelle
qui est évoquée. Au cours d'un débat sur un
texte sacré, le sage associé à ce texte est,
d'un point de vue subtil, aussi là avec vous.
Quel que soit votre point de vue à ce sujet,
vous devriez certainement essayer d'avoir ce
sentiment quand vous participez à un satsanga.
Souvenez-vous
: les mots ne transmettent pas la sagesse, ils
l'expriment. Dans le satsanga, les mots sont
plutôt le véhicule pour communiquer ce qui est
incommunicable. Le maître bouddhiste zen Rinzai
demanda à un disciple : « Dis quelque chose au
sujet de la vérité. » Que fit le disciple
? Il gifla le maître. Comment peut-on répondre
quand la question elle-même est erronée ? Sans
aucun doute, le maître testait le disciple, car
en fin de compte rien ne peut être dit au sujet
de la vérité.
Fondamentalement,
les mots sont des expressions de l'ignorance. Au
cours d'un satsanga, n'écoutez pas tant les mots
que ce qui réside au-delà d'eux. N'écoutez pas
leur signification superficielle, mais essayez
d'en saisir intuitivement l'essence.
Le satsanga
signifie communication, une communication
consciente, avec la réalité sous-jacente à
toutes choses. Pour que cela se produise, il faut
être ouvert. La perception a besoin d'être
extraordinairement subtile, lavée de toute
ignorance, des préjugés et des blocages. Alors
le coeur de l'être de chacun est en satsanga
(c'est-à-dire en communion) avec la réalité.
Cela, c'est le yoga.
Dans un
sens plus profond, chaque chose est un satsanga.
Nous sommes toujours dans un état de satsanga,
de communion avec le réel. C'est notre ignorance
qui nous fait penser autrement. Le but de la
participation à un satsanga (c'est-à-dire de
l'association avec des compagnons de quête) est
de nous montrer comment ressentir le satsanga
comme une expérience directe et vivante.
« Une vie
dans laquelle on ne se pose pas de questions ne
vaut pas d'être vécue » (Socrate).