J’ai passé quatre mois et demi à Mandala Yoga Ashram. La veille de mon départ, je voudrais remercier tous ceux que j’ai rencontrés ici pour l’amour et la courtoisie dont ils ont fait preuve envers moi à tout moment. Cette expérience a été unique pour moi qui suis en pleine maturité avec mes soixante et onze ans. J’apprécie l’attention et la sollicitude qui m’ont été prodiguées par toute personne rencontrée ici. Je suppose qu’il devait en être ainsi, puisque l’ashram est focalisé sur le chakra du cœur !
Lorsque vous êtes relié aux gens par le cœur, vous dépassez le mental, et ainsi, vous mettez de côté le raisonnement, le jugement, la logique, et toute autre gymnastique mentale (la vie, souvent, n’est pas logique). Le cœur est tout amour : il ne raisonne pas, il ne juge pas. L’amour jaillit tout droit en direction du cœur, de sorte qu’il n’y a pas de place pour les conflits. C’est l’être pur et simple au niveau transcendantal.
Cependant, nous ne restons pas tout le temps à ce niveau, parce que le monde a trop de prise sur nous. Le drame de la vie se poursuit : donner et prendre, choisir et juger, et bien d’autres choses avec lesquelles on doit vivre. C’est pour l’essentiel, à mon avis, la source de tout conflit. C’est la bataille de Kurukshetra (comme elle est décrite dans la Bhagavad Gita), et vivre dans le monde englobe et saisit tout cela.
Lorsque nous entrons en yoga, nos yeux s’ouvrent à un monde nouveau. On commence à comprendre que le fait de vivre est plus important que de marchander ce qu’on voudrait avoir, que de donner un peu et de réclamer tout, que de choisir l’agréable et de refuser le désagréable – ou, si on ne peut le refuser, en souffrir. Chacun connaît très bien ce jeu. Nous sommes tous passés par là, et avons dû nous en accommoder.
Vivre dans un ashram nous donne la possibilité de prendre du recul et d’y observer notre comportement ainsi qu’ailleurs. Le mental n’est jamais au repos. Il y a, parfois, tout un kaléidoscope d’événements et d’expériences (du passé) qui traverse l’écran du mental. Nul besoin de regarder la télévision ou un film, parce que la vérité est plus étrange que la fiction ! C’est semblable à la pratique d’antar mouna en yoga.
Un individu est comme un point sur une ligne droite. Le point ne peut saisir l’ensemble de la ligne. Mais un point, situé en dehors de la ligne, en a la perspective complète et, par conséquent, peut voir toute la ligne : c’est vivre selon le yoga.
C’est ainsi qu’on est amené à comprendre la vie à l’ashram, surtout à une époque où la société se présente comme un bateau sans gouvernail. Le matérialisme, avec ses façons égoïstes de tout agripper, balaye le monde entier. La violence est à l’ordre du jour, tandis que le respect pour la vie est à son niveau le plus bas.
Toute personne en visite dans un ashram pour un petit nombre de jours ou de semaines, ou pour un long séjour, doit accepter que la vie s’y déroule selon un ensemble de normes bien différentes des nôtres. Cela n’est pas, et cela ne peut jamais être, comme dans notre existence quotidienne. C’est là où entrent en jeu l’amour et l’attention aux autres. Si nous acceptons l’ashram tel qu’il est, sans permettre l’intrusion du mental, nous pourrons retirer – et nous retirerons – un immense bénéfice de notre séjour.
Remettre constamment en question, et comparer la vie dans l’ashram à notre style de vie habituel, n’est vraiment pas la meilleure chose à faire. Si l’on peut s’engager dans le programme journalier de l’ashram, et faire ce qu’on attend de nous, alors on s’engage vraiment dans cette habitude de faire du karma yoga, le yoga des œuvres comme il est mentionné dans les écritures. Aucun conflit dans notre mental : l’énergie est conservée, et même souvent accrue.
Pour moi, c’est le plus grand service qu’un ashram puisse offrir au monde moderne.
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