par Upasana
J’ai découvert le concept de schéma corporel au cours d’un atelier animé par Ken Thompson et lui en suis très reconnaissante. Cette notion fut une aide énorme pour ma pratique de yoga ainsi que pour mon enseignement.
L'adage dit : « La carte n’est pas le pays ». Il reste encore valable pour le schéma corporel, avec de profondes implications et souvent des conséquences douloureuses.
Qu’est-ce qu’un schéma corporel ?
Un schéma corporel est une représentation interne de notre corps. Il englobe la taille et la structure du corps, ainsi que ses parties sans oublier le sens de comment tout cela fonctionne. Que nous en soyons conscients ou non, nous utilisons ce schéma corporel pour coordonner chaque action menée par notre corps. Nous ne sommes pas nés avec ce schéma et ce n’est pas quelque chose qui est fixé une fois pour toutes.
Comment se crée un schéma corporel ?
Le schéma corporel commence à se développer dans l’enfance, en prenant conscience des mouvements. L’expérience des mouvements, l’interprétation de cette expérience et la mémoire de cette interprétation, tout cela contribue à la perception du mouvement par le sujet. Le toucher est un autre facteur qui contribue à la création du schéma corporel, que l’on donne ou que l’on reçoive.
L’origine des erreurs
- Une connaissance anatomique détaillée et précise n’est pas accessible à l’enfant et elle n’est pas nécessaire pour le développement du schéma corporel qui s’accorde avec la réalité à moins de développer et de maintenir un niveau de conscience élevé du corps dès le plus jeune âge. Cependant, dans de rares conditions, le manque de connaissances anatomiques a pour conséquence un schéma corporel flou, imprécis et inachevé.
- Nous absorbons et inconsciemment nous imitons la manière de bouger et les attitudes de nos parents et d’autres adultes autour de nous. Ainsi, nous incorporons des éléments souvent erronés de leur schéma corporel au nôtre. La grâce et l’agilité naturelles d’un petit enfant disparaissent progressivement.
Quelques-unes de nos expressions familières relatives aux parties du corps sont incertaines ; demandez à un groupe de personnes de définir les mots hanche et épaule, il en résultera inévitablement une multitude de définitions.
- Avoir été victime d'abus conduit probablement au rejet de certaines parties du corps et il en résulte une distorsion sinon l’absence de schéma corporel.
- Le mépris du monde est l'un des obstacles sur le chemin spirituel. Il se conforte ou peut-être même commence avec un rejet du corps qui est perçu comme un obstacle rebelle à la spiritualité. Si l’on ne s’intéresse qu’à contrôler le corps sans l’écouter, le schéma corporel qui en résultera sera déformé.
Conséquence des erreurs
Notre schéma corporel conditionne nos mouvements. Si notre schéma corporel est en désaccord avec la réalité, nos mouvements seront disharmonieux par rapport à notre structure. Un manque d’alignement et une économie de mouvement seront perçus comme des tensions ou des maladresses. Cela pourra se manifester par des blessures ou des maladies.
Quelques erreurs communes
- Taille contre hanches : si l’on nous demande de départager le corps en deux, une moitié haute et une moitié basse, nous placerons vraisemblablement la ligne médiane au niveau de notre taille. Bien que la taille soit très utile pour les couturiers, elle l’est beaucoup moins pour définir le schéma corporel. Si nous pensons que notre corps se plie à partir de la taille plutôt que de nos hanches, nous lui imposons des tensions inutiles, particulierement dans le bas du dos. Un enfant maintient naturellement l’intégrité de sa colonne vertébrale en se penchant vers le sol. Il penche son torse vers l’avant au niveau de ses hanches et ses genoux et ses chevilles se plient aussi. En grandissant et en créant progressivement un schéma corporel imprécis, nous confondons nos crêtes illiaques, ou certains points sur le bord externe en haut des cuisses, avec l’articulation des hanches. Ignorant peu à peu les processus de notre mobilité, nos mouvements deviennent raides et maladroits. En observant un squelette (il est possible d’en acheter un pour moins de 15 € sur internet) il apparait que c’est l’articulation des hanches, et non la taille, qui délimite la partie inférieure de la partie supérieure du corps. On peut encore s’observer entre amis pour situer cette ligne médiane.
- Epaules : la structure des bras se place au niveau du torse comme un manteau se place sur un cintre. Il y a quatre articulations principales dans les bras qui sont les poignets, les coudes, l’articulation entre l’humérus et la ceinture scapulaire (gléno-humérale) et l’articulation entre la clavicule et le sternum (sterno-claviculaire). Cette dernière, la seule reliant la ceinture des épaules au torse, est généralement absente du schéma corporel. Nous imaginons souvent que nos bras se meuvent seulement à partir de l’articulation gléno-humérale, en limitant ainsi la mobilité de la clavicule et de l’omoplate, ce qui affecte défavorablement le mouvement de l’humérus.
- Colonne vertébrale : parce que nous pouvons sentir le travail de la colonne vertébrale sous la peau du dos, nous avons tendance à dessiner la colonne vertébrale dans le dos avec de sérieuses conséquences sur l’alignement et l’équilibre. Le poids supporté par la colonne vertébrale, particulièrement dans la région lombaire, est situé dans une partie plus centrale que nous ne le pensons. Cette région est renforcée à l'avant et à l'arrière par des muscles de maintien, et plus superficiellement par des muscles de mouvement. L’injonction « tiens-toi droit ! » crée une tension inutile dans les muscles moteurs alors qu’étirer le dos depuis le centre du corps permet de prendre conscience des véritables centres d’équilibre sans forcer sur le dos.
- Tête : la tête s’équilibre sur la colonne vertébrale à partir de l’articulation entre l’atlas et l’occiput, situé entre les oreilles. Un schéma corporel dans lequel la tête est reliée à la colonne vertébrale au niveau de la nuque crée des tensions considérables dans les muscles du cou et des épaules.
Les erreurs de construction de ce schéma sont innombrables. Quand on demande à certains élèves de décrire la surface occupée par leurs poumons, ils montrent leur ventre. D’autres limitent le cou à la région située entre le menton et le haut du col de la chemise. Et ainsi de suite…
Modifier notre schéma corporel
Acquérir un savoir précis en anatomie est précieux à condition qu'il soit intégré sur le plan physique et sur le plan intellectuel. Le choix de s’observer soi-même dans ses attitudes habituelles, ainsi que la volonté d’accueillir le changement, demande du courage et un certain engagement. Notre corps est précieux : c’est dans notre corps que nous expérimentons le Divin.
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