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La Buddhi, le miroir de la Conscience

 par Spandan (Michael McCann)

Le yoga et d’autres philosophies spirituelles utilisent souvent l’image du miroir et du reflet pour exprimer des concepts subtils et des vérités profondes, pour ces raisons on les retrouve également dans les méditations et les yoga nidra. Une image clé pour le mental est un lac ridé par les ondes et les remous des pensées qui vont et viennent comme un vent ou une brise incessante. Quand le lac du mental est calmé par la méditation, il devient un miroir dans lequel nous pouvons regarder profondément et apercevoir le reflet des vérités qui semblent habituellement obscures. Le yoga dit : « lorsque le mental est immuable, l’Etre est comme le fond du lac sans ride, il montre sa vraie forme ». Mais d’où viennent ces aperçus, ces transcendances et ces intuitions ? Viennent-ils du mental ? Ou d’une autre source ? Pour comprendre cela plus amplement, nous devons nous familiariser avec certains concepts subtils du yoga. Le yoga nomme notre manière de pensée quotidienne, notre mental, manas et au-delà il enseigne que nous sommes dotés d’une faculté supérieure appelée Buddhi.

La Buddhi : le passage vers l’esprit
Buddhi est communément traduit par intellect, mais il ne faut pas confondre avec la signification occidentale du terme intellect. Buddhi signifie « sensibilité éveillée », « mental supérieur ou sage » (en grec gnosis). C’est la conscience supérieure et la sagesse qui s’écoulent d’Agya éveillé. En effet, Buddhi ne concerne pas l’activité intellectuelle : de nombreux universitaires et philosophes ne sont pas à proprement parler « éveillés », et de nombreux grands yogis, non scolarisés et illettrés, ont développé une sagesse extraordinaire résultant de Buddhi. Ramakrishna, Ramana Maharshi sont des exemples classiques.

Comment la Buddhi s’éveille t-elle et d’où vient cette sagesse ?
Toutes les religions et les chemins spirituels éveillent la Buddhi, mais finalement comme le Christ l’a déclaré « l’esprit souffle où il veut ». Les traditions spirituelles enseignent (et nous en revenons à notre thème symbolique) que la Buddhi est un miroir et qu’elle reflète la lumière de l’Esprit (en sanskrit Atman). Néanmoins, comme le lac est assombri par les ondes, le miroir de la Buddhi est souvent couvert de tâches et d’impuretés et de ce fait il ne peut refléter la lumière intérieure qui rayonne sans cesse de l’Atman éclatant. Les tâches et les impuretés proviennent de l’égoïsme et l’ignorance, d’un mental assailli par les passions, les turbulences émotionnelles, l’action des Gunas et finalement d’un ego non régénéré (ahamkara). Ahamkara signifie littéralement « c’est moi qui fait » et cette traduction conduit à l’arrogance, à être imbu de sa propre personne et de sa fierté.

Le mariage de l’Orient et de l’Occident.
Dans son livre, le mariage de l’Orient et de l’Occident, Bede Griffiths décrit l’âme comme « un verre qui est levé face à la lumière de l’Esprit, quand le verre est assombri par le péché et l’ignorance, alors la lumière ne peut briller, mais lorsque le verre est propre alors l’âme est illuminée par la lumière divine et le corps, l’âme et l’être tout entier rayonnent par la présence divine4 ». Il est alors intéressant de noter que la Buddhi est une faculté du mental supérieur, que la sagesse traditionnelle localise souvent son siège non dans la tête mais dans le centre du cœur. Pour citer encore Bede Griffiths, « cette conception du monde tel un reflet, une image de Dieu, est parfaitement acceptable d’un point de vue chrétien. Selon la tradition biblique, l’homme est à l’image de Dieu, et les Pères grecs interprétaient cela dans le sens que l’homme (et avec lui toute la création) est comme un miroir élevé face à la lumière de Dieu5 ». Plus loin, il déclare « de cette façon le monde peut être considéré comme une manifestation de Dieu. Il est comme un miroir placé devant la face de Dieu. Le monde créé est un reflet du monde archétypal non manifesté. Comme l’image du miroir, son existence est seulement relative ».

Le concept yogique/Samkhya de Purusha et Prakritti.
Le yoga enseigne également que le monde est le reflet de l’Essence Divine et le Samkhya7 utilise les termes de Purusha (esprit/conscience) et Prakriti (matière/énergie, substance crée) pour exprimer la correspondance entre les deux. Le Tantra utilise le terme de Shiva et Shakti pour exprimer les mêmes concepts. Dans ses satsangs (littéralement « se rencontrer pour rechercher la vérité »), mon professeur évoque l’image de la lune réfléchie dans l’eau pour expliquer la relation entre Purusha et Prakriti ; Prakriti, bien que réelle, doit son existence à Purusha et croire que le reflet correspond à son existence propre est véritablement une illusion (maya). Le yoga enseigne que le monde est une illusion seulement du fait qu’il n’a pas d’existence intrinsèque si ce n’est par la puissance sous jacente du créateur. Dans la Bhagavad Gita, Krishna fait allusion à sa maya, la chaîne et la trame de l’univers, filée par son essence Divine. De toute manière, si nous croyons que le monde a une existence propre et qu’il est une agglomération fortuite de matière éclose au hasard du Big Bang, alors nous sommes envoûtés par l’illusion et nous avons confondu l’effet avec la cause, le reflet avec Celui qui voit.

Garder le miroir de la Buddhi limpide
Les enseignements sufi8 et la poésie sont remplis d’images de miroirs et les sufis croient en fait que toute la création est un miroir du Divin. Les sufis situent la Buddhi dans le cœur et nous encouragent à conserver notre miroir intérieur propre. Al-Ghazzali9 dit « votre cœur est un miroir limpide ; vous devez le maintenir propre débarrassé de la poussière amassée car il est destiné à réfléchir la lumière des secrets divins ». Rumi demande « Sais-tu pourquoi le miroir de l’âme ne reflète rien ? Parce que la rouille n’a pas été enlevée de sa surface ». Et aussi «  la pureté du miroir est au-delà du doute du cœur qui reçoit des images innombrables ». Les sufis disent que Dikr (souvenir, mantra ou prière) est un chemin puissant pour enlever la rouille du miroir tel que vivre et observer les yamas et niyamas ainsi que la pratique du yoga. Quand la Buddhi est polie et limpide, elle est comme la pleine lune qui reflète la lumière de l’Ame dans le mental en mélangeant les illusions et désillusions, les conditionnements et l’ignorance tout en intégrant l’ego et contrôlant les sens. Nous commençons alors à voir les choses telles qu’elles sont et à dessiner à nouveau un miroir imaginaire mais cette fois d’après les paroles de St Paul : « A présent, nous voyons dans un miroir et de façon confuse, mais alors ce sera face à face ».

La sagesse, un principe féminin.
Quelle est la nature de la sagesse qui vient avec l’éveil de la Buddhi ? Il s’agit de la sagesse associée au cœur, une sagesse féminine et intuitive qui est connue dans le Boudhisme et le yoga sous le nom de Prajna, et Sophia dans le mystère de la tradition grecque. C’est la sagesse que l’on recherche dans les mystérieux versets attribués à Salomon dans le Livre de la Sagesse : «  Je l’ai aimée et recherchée depuis ma jeunesse, j’ai voulu la prendre pour épouse, et je suis tombé amoureux de sa beauté. Car elle est l’éclat de la lumière éternelle et un miroir limpide du travail de Dieu et une image de sa bonté.» Ceci est la sagesse que Dante associe à Béatrice, la sagesse qui le conduit de l’emprisonnement dans les cercles concentriques de maya vers le centre Divin. C’est une sagesse qui est relié à Marie, la mère de Jésus (le siège de la sagesse, Sedes Sapientiae), et à Fatima la sœur du prophète ; dans la Kena Upanishad , elle est Uma l’épouse de Shiva, la magnifique sœur des neiges de l’Himalaya, qui se manifeste dans un ciel limpide et dégagé pour enseigner la vraie sagesse aux dieux trompés. Dans le livre biblique des Proverbes, elle est une femme qui s’écrie dans la rue « J’aime ceux qui m’aiment et qui cherchent ardemment à me trouver4 » et elle est « la sagesse obscure et infuse » dont parle St Jean de la Croix. Finalement, nous parlons d’un principe féminin, ouvert et réceptif pour recevoir et alors pour donner naissance à la vérité. Dans son essai, « la vierge, l’enfant et l’homme sage », Sahajananda5 dit « le savoir alourdit mais la sagesse libère du poids du savoir ». L’état d’ouverture simple et réceptive est magnifiquement exprimé dans le Tao te Ching, « Dans la recherche de l’apprentissage, chaque jour quelque chose est acquis. Dans la recherche du Tao (sagesse et perception directes), chaque jour quelque chose est abandonné6 ».

La Buddhi s’éveille à travers chaque forme de yoga.
Cette sagesse est identique à celle éveillée par Boudha sous l’arbre Boddhi. C’est une connaissance intuitive qui jaillit d’un cœur ouvert et réceptif et une sagesse qui est éveillée par l’intégration des différentes pratiques de yoga. Finalement, c’est une sagesse associée à l’amour (Bhakti yoga). Ainsi que Krishna le dit à Arjuna dans la Bhagavad Gita « A ceux cristallisés dans l’amour et la dévotion, je donne la sagesse spirituelle (Buddhi yoga) afin qu’ils puissent venir à moi. Par compassion, je détruis l’obscurité de leur ignorance. En eux, j’éclaire la lampe de la sagesse et disperse toute obscurité de leur vie ».


Mandala Yoga Ashram, Pantypistyll, Llansadwrn, Llanwrda, Carmarthenshire, Wales, U.K. SA19 8NR
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