Pour la
science, tout est relié avec tout, que ce soit
par la relation de cause à effet ou par la
relation action-réaction. Nous observons cette
loi à chaque instant dans notre vie quotidienne
: si nous laissons tomber une tasse, elle se
brise sur le sol ; si nous mettons une allumette
dans de la paille, la paille s'enflamme.
Au
niveau mental ou émotionnel, on peut également
observer ce processus. Par exemple, si vous êtes
en colère, cela peut entraîner une bagarre ou
de mauvais sentiments chez les autres. Si vous
êtes imbu de fierté et d'égoïsme, cela peut
irriter les autres, qui vont alors résister à
tout ce que vous ferez ou direz. Ce ne sont que
de simples exemples de la relation de cause à
effet dans notre vie.
L'un des buts
de la pratique du yoga est d'acquérir une vue
plus profonde du processus de cause et d'effet,
en particulier au niveau mental et émotionnel.
Nous commençons à voir plus clairement comment
des attitudes et des croyances négatives nous
conduisent inexorablement vers des expériences
et des situations destructrices. Nous voyons
comment des habitudes ancrées, comme fumer,
boire à l'excès et manger exagérément,
émoussent nos perceptions et, avec le temps,
peuvent conduire à la maladie.
On ne peut
simplement ignorer, oublier ou même réprimer
les habitudes car elles ont tendance à
réapparaître en nous. Le refoulement entraîne
une éruption ailleurs. Pour dépasser les
habitudes, les attitudes négatives et les
émotions destructrices, il faut comprendre d'où
elles viennent, quelles sont leurs racines. Voir,
vraiment voir, est un moyen de les dépasser.
Cela peut prendre du temps, mais le simple fait
de voir le processus de la relation de
cause à effet dans notre propre personnalité
nous permet, avec le temps, de changer, et même
d'éliminer des complexes et des dissonances, des
attitudes ou des comportements de négation de la
vie. Pour cela, les pratiques de yoga, et en
particulier la méditation, sont indispensables.
Au fur et à
mesure que nous approfondissons notre
compréhension, nous commençons à voir combien
les conditionnements enracinés ont des effets
énormes au niveau psychique, où notre
négativité induit de la négativité dans la
collectivité. Nous comprenons que nous sommes
responsables, dans une petite mesure mais qui
n'est pas insignifiante, de la douceur où de
l'amertume de notre famille, de notre milieu
professionnel, de la société - et même de
toute la planète. Nos pensées influencent la
totalité. Cela devient de plus en plus évident
à mesure que nous approfondissons notre
compréhension de nous-même.
Avec la
pratique du yoga, la négativité est remplacée
par une attitude de plus en plus positive. Il
n'est pas nécessaire de cultiver l'attitude
positive : l'espace libéré par la négativité
est automatiquement occupé par le positif.
L'individu devient alors plus joyeux, et la
société un peu plus douce et plus harmonieuse.
Goethe, le
philosophe allemand (tout comme Platon, avec le
monde des Idées), a parlé des archétypes - des
structures ou des images du plan causal - qui
sont contenus dans l'inconscient collectif. Ces
archétypes constituent la structure subtile et
sous-jacente de tout ce qui est manifesté - les
fleurs, les arbres, les êtres humains, et ainsi
de suite. Ils sont les causes, et leurs
manifestations sous forme de fleurs et d'arbres
sont les effets. Dans la méditation, nous
commençons à vraiment comprendre cette
relation subtile de cause à effet, le processus
par lequel les archétypes primordiaux se
manifestent dans la matière au moyen des quanta
ou de l'énergie mentale.
Carl Jung, le
psychiatre suisse, était fasciné par ce qu'il
appelait le processus de synchronicité - des
événements relevant apparemment du hasard, mais
qui ont une signification pour quelqu'un. Par
exemple, vous vous mettez à penser à un ami que
vous n'avez pas vu depuis longtemps, et vous
recevez un appel téléphonique inattendu de cet
ami le jour même. Ou bien vous cherchez sans
succès l'origine d'une citation, et,
pratiquement sans réfléchir, vous prenez un
livre dans votre bibliothèque, vous l'ouvrez au
hasard, et elle est là ! Ce genre de choses
arrive assez souvent.
Jung appelait
ce processus la synchronicité, et il disait que
c'est un principe acausal (sans cause) puisque
aucune relation de cause à effet ne semble être
mise en oeuvre. Quoi qu'il en soit, je crois que
ce processus reste fondé sur la loi de la cause
et de l'effet, mais à un niveau que nous ne
percevons pas suffisamment pour pouvoir en
prendre conscience. La synchronicité a lieu dans
les profondeurs cachées du psychisme (dans le
psychisme transpersonnel) et au niveau quantique
de l'existence.
Cela dit, il
y a bien un niveau d'être qui est vraiment
acausal, qui n'est pas touché par la loi de
cause à effet. De toutes façons, il ne se
manifeste pas ou n'émerge pas dans le monde de
la matière et de l'énergie, ni au niveau du
mental et de la psyché, mais dans le domaine de
la pure conscience.
Dans
l'extraordinaire texte yogique intitulé Yoga
Vashista, écrit il y a des milliers
d'années, on raconte l'histoire de la corneille
et de la noix de coco : une corneille se pose sur
un cocotier, et, exactement au même moment, par
hasard, une noix de coco mûre tombe. Ces deux
événements sans relation, semblent être liés
dans le temps et dans l'espace, bien que, en
fait, il n'y ait aucune relation causale. Un
homme assis sous l'arbre pourrait penser : «
C'est grâce à la corneille que je mange
maintenant cette délicieuse noix de coco bien
mûre. »
Le sens de
cette parabole est profond. Elle ne s'applique
pas à la vie quotidienne « concrète »
, où la relation de cause à effet est
évidente. Elle ne s'applique pas non plus aux
niveaux mental et psychique, où cette relation
fonctionne aussi, bien que ce soit moins
évident. Elle fait allusion à la relation entre
Purusha (pure conscience) et Prakriti
(matière-énergie-mental), et au point
transcendental (en sanskrit bindu) où ces
deux principes sont en contact. C'est cela
l'acausal.
Dans
l'histoire, il semble qu'il y ait une relation de
cause à effet entre la corneille et la chute de
la noix de coco, mais c'est seulement une
apparence due à notre manque de compréhension.
Si nous pouvions en avoir une vision plus large,
nous verrions qu'il n'y a pas de relation entre
la corneille et la chute de la noix de coco. De
la même façon, il n'y a pas de relation de
cause à effet entre la pure conscience et le
monde des formes, de la matière, de l'énergie
et du mental. C'est un paradoxe qui défie notre
logique ordinaire.
La Bhagavad
Gita dit : « Tout
ce monde est sous-tendu par moi (la conscience
acausale) dans mon état non manifesté ; tous
les êtres se tiennent en moi, et moi je ne suis
pas contenu par eux » (chant IX, v. 4).
En sortant du
monde de la cause et de l'effet, il se peut que
nous recevions la grâce de la vision et de la
compréhension intime de l'acausal. La
méditation, la méditation profonde, nous permet
de plonger dans cette expérience ineffable.
|