La conscience fait partie des notions essentielles du yoga. C’est la clé qui permet d'approfondir notre compréhension. Lorsque nous pratiquons le yoga, il nous est souvent conseillé de « prendre conscience » sans précision particulière. Nous nous efforcerons ici d'en expliquer le sens et ses implications.
L’Oxford Dictionary définit le mot « conscience » par « savoir » ou «
conscient », le Collins Dictionary par « ne pas être ignorant ». Au cours d'une conversation, nous disons souvent « je suis conscient de ceci ou de cela... » pour indiquer que nous savons et que nous comprenons ce qui se passe autour de nous.
Pour le yoga, le terme conscience englobe les définitions précédentes tout en signifiant davantage. Il peut être utilisé de deux manières différentes : la pratique de la conscience (c’est-à-dire « être conscient » ou « prise de conscience ») et l'état de Conscience.
La pratique de la « prise de conscience », c’est favoriser une attitude de « laisser-faire » ; c’est ne pas opposer de résistance aux processus intérieurs et extérieurs, c’est « reculer pour laisser passer » en quelque sorte afin de s’observer. Il s’agit donc d’essayer d’être attentif à ce qui se passe à la fois en nous (pensées, sentiments, réactions émotives) et en dehors de nous (travail, loisirs, mouvements, mots), tout en considérant ce qui nous arrive comme « normal », y compris les diversions et les troubles du mental. Le fait de cultiver cette prise de conscience entraîne un processus de purification qui élimine les blocages et approfondit notre compréhension.
Cette attitude d'acceptation s'applique aussi bien à la pratique des différents yogas – asanas (postures), pranayama (techniques respiratoires), méditation ou récitation d’un mantra (son) – qu'à chaque instant de notre vie. Il ne s'agit pas d'être passif, faible ou négligent, mais plutôt d'avoir confiance dans la Vie. Nous sommes soit très actifs, soit nous suivons le flot du courant, alors que nous devrions, constamment, essayer d'établir une « distance », d’être le spectateur, le témoin des événements intérieurs et extérieurs. Ainsi, la vie suivra son cours habituel, tout en devenant une pratique de yoga. C'est cela que nous appelons la pratique de la prise de conscience. Dans ce contexte, nous écrivons le mot « conscience » avec un « c » minuscule. Avec l’aide d’une petite « graine » de Grâce divine, cette pratique peut conduire à l’état de Conscience.
L'état de Conscience est un « processus » de la Connaissance. Nous abordons ici l'intemporel. Quand par expérience nous entrons en contact avec l'Intelligence sous-jacente, nous pouvons parler d’état de Conscience. En termes ésotériques, il y a osmose consciente entre Shiva (Conscience universelle) et Shakti (dans ce contexte, la personnalité individuelle). L'état de Conscience est un état où nous sommes simultanément dans le monde de tous les jours et relié à la Conscience universelle. Cette qualité d’être est un état de méditation. Cela ne peut se produire que si la faculté de Buddhi est éveillée (voir plus loin). Dans notre article, cette Conscience-là porte un « C » majuscule.
Dans la Bhagavad Gita, la Conscience universelle s'appelle kshetra-agya (celui qui connaît le champ) et le monde « ordinaire » est kshetra (le champ). Ces deux principes sont toujours intimement liés ; selon le yoga, ils doivent impérativement l'être pour que se développent la vie et l'existence. L'état de Conscience advient lorsque notre être individuel est tellement fluide et transparent que la Conscience universelle se mêle à nos actions et à nos pensées. L'infini plonge dans le temporel – « la mer scintillante se glisse dans la goutte de rosée ». Dans cet état, nous nous identifions consciemment à la Conscience universelle, kshetra agya.
Rien – ni la pratique du yoga ni aucune autre pratique – ne peut nous diriger vers cette Conscience. Elle est au-delà de l'action, de l'effort et de l'intention. Mais, d'une façon mystérieuse, en restant simplement ouvert, et en permettant aux choses d'être, à tout moment, en restant attentif aux phénomènes intérieurs et extérieurs, (c'est-à-dire par la pratique de la prise de conscience) nous pouvons encourager le flot spontané de la Conscience.
Ce qui se passe reste un mystère. Tout ce que nous pouvons faire, c'est essayer d’être prêt à accueillir ce que la vie nous offre. C’est dans ce sens que les pratiques de yoga nous aident, car elle nous rendent plus ouverts et réceptifs ; c'est à peu près tout ce quelles peuvent faire. Ni le yoga ni nos efforts personnels ne pourront créer l'état de Conscience, car l'état de Conscience est une qualité qui se situe au-delà de nos efforts égocentriques.
Pour les bouddhistes, la Conscience, correspond à l'état de Conscience. Les chrétiens la nomme la Conscience christique. Chaque religion a sa propre terminologie mais il s’agit de la même qualité.
Buddhi
Buddhi est une faculté de l'esprit qui, pour la majorité d'entre nous, reste à l'état latent. Il fait partie de agya chakra, le troisième œil ou l'œil de l'intuition. Il a pour fonction de conduire la Conscience. Il permet l'intelligence subtile et peut être éveillé par le yoga.
Le mot sanskrit « buddhi » veut dire « faculté de compréhension et de perception ». Etymologiquement, il est en rapport avec un autre mot sanskrit, « bodhi » qui signifie « sagesse ». De ce mot vient le nom de Boudha, le « Sage » le « Réalisé », parce que son buddhi est pleinement éveillé.
Buddhi est considéré comme la faculté la plus élevée de l'esprit humain parce qu'il nous ouvre au flot de la Conscience. L'éveil de buddhi est à la base de tout chemin mystique. Lorsque buddhi est éveillé, nous sommes comme un miroir propre, ouvert, réceptif. Nous réfléchissons la Conscience universelle. Il nous est permis de « voir » derrière le déroulement de notre propre existence et, en fait, derrière celle de toute chose.
L'éveil de Buddhi
Toutes les pratiques, tous les chemins et toutes les méthodes de yoga conduisent à l'éveil progressif de buddhi. La Bhagavad Gita attribue même un nom particulier à ce processus d’éveil : buddhi yoga. Krishna dit à Arjuna :
"J'initie ceux qui me sont dévoués et qui cherchent à approfondir buddhi yoga. (j'éveille le buddhi ou agya chakra) ; de cette manière, ils arrivent jusqu'à Moi". (v. 10.10).
« Moi » se réfère à Krishna et, sur un plan supérieur à la Conscience universelle. Sincérité et persévérance dans la pratique du yoga nous conduisent à la recevoir ; ceci, accompagné d'une « pincée » de Grâce divine, peut nous amener à une lucidité plus grande et à l'éveil de Buddhi. Si nous restons accordés, il s’ensuit alors une évolution de notre compréhension et il nous est possible de réaliser notre Nature essentielle.
L'observateur ne peut être l'observé. La phrase suivante, attribuée au sage chinois Huang Po, traduit bien l’essence de l’état de Conscience : « Celui qui est perçu ne peut percevoir. »
Ce dicton lapidaire contient l'essence même de l'enseignement yogique. C'est aussi le message essentiel des upanishads, de la Bhagavad Gita, des Yoga Sutras et d’autres textes sacrés. Il s'agit d'une phrase tellement simple que nous n'apprécions probablement pas ses implications profondes. Que signifie-t-elle vraiment ?
Que tout ce que vous pouvez observer n'est pas vous – votre Être Essentiel – sinon vous ne pourriez l'observer. Réfléchissez à ce qui vient d'être écrit. Ce que vous pouvez observer ne peut être votre Être Essentiel, parce que tout ce que vous pouvez observer est forcément séparé et différent de celui qui observe. L'observateur est votre Être Essentiel.
Si nous sommes capables d'observer nos pensées et nos actions physiques, cela veut dire qu'il existe un aspect de notre Etre qui est plus profond, qui est différent de notre corps et de notre esprit, qui est capable de les observer. Sinon, comment l'observation serait-elle possible ? Nous pouvons regarder un film à la télévision parce que nous en sommes dissociés ; le film, ou la télévision, ne peuvent se regarder !
La pratique de la prise de conscience, c'est lorsque nous « essayons » d'observer et d’être le témoin de nos émotions, de nos sentiments et de nos pensées, alors que la Conscience, c'est lorsque nous SOMMES l'observateur ou le témoin (en sanskrit « drashta » ou « sakshi »). Le seul fait d’expérimenter la Conscience transforme complètement la compréhension que nous avons de nous-mêmes.
Conscience de soi
Les êtres humains ont cela d'unique qu'ils possèdent l'intellect, l'intuition et le yoga nous apprend qu'ils ont la capacité de pratiquer la prise de conscience et d’accéder à l'état de Conscience. Les animaux ne peuvent le faire. (Je ne dis pas que nous sommes meilleurs que les animaux, mais plutôt que nous sommes différents.) Toutes les formes de vie ont leur place et sont, à mon avis, aussi importantes dans la trame de l'existence ; c'est-à-dire qu'aux yeux de Dieu nous sommes tous égaux). Les animaux agissent sans vraiment savoir qu'ils agissent. Les êtres humains, sont capables de savoir ce qu'ils font, ils peuvent s'observer (prise de conscience) et, si l'état de Conscience est éveillé, être en osmose consciente avec les racines de leur Etre.
En tant qu'êtres humains, nous sommes capables d'introspection, d'étudier les schémas internes et externes et leur relation aux actions et événements extérieurs – c'est la pratique de la prise de conscience. Et, par l'éveil de buddhi, nous pouvons nous « brancher » sur les racines de notre propre existence. C'est la Conscience du Soi. Il ne s'agit pas d’égocentrisme – en fait, il s'agit exactement de son contraire : il s'agit d'entrer en contact avec le cœur même de notre vraie Nature, dont l'ego n'est qu'un reflet.
Nous éveillons rarement la Conscience : nous nous identifions à nos pensées et à nos actions, car nous considérons notre esprit et notre corps comme étant le « je ». Il s'agit probablement de notre éducation : depuis notre naissance, nous apprenons et nous sommes conditionnés à rechercher une identification totale à ce « je » – notre individualité – et à ses exigences. Ceci est sans doute nécessaire pour survivre et appréhender le monde. Ce n'est que lorsque nous pratiquons le yoga, ou une autre voie spirituelle, que nous éveillons la faculté de prendre du recul pour observer la personnalité superficielle ou l'ego. Ainsi, la pratique de la prise de conscience peut nous conduire à l'état de Conscience.
En réalité, le but principal du yoga est d'éveiller Buddhi afin d’accéder à la Conscience. Grâce à cet éveil, nous pouvons atteindre un niveau plus profond de l'Etre, et être le témoin de notre personnalité, de nos pensées et de nos actions. Cela nous amène à réaliser clairement que notre nature profonde est autre chose que le corps et l'esprit. Il est alors possible de voir le corps et l'esprit comme des véhicules. Ceci apporte Joie et Sagesse.
Les êtres humains sont les seules créatures (tout au moins sur notre planète Terre !) à comprendre ce qu'ils sont réellement, au-delà des chaînes du karma (la loi de cause et effet). Les lois du karma concernent l'existence – matière, biologie, énergie, mental et environnement social – mais la Conscience agit au-delà du karma. Notre asservissement repose sur le fait que nous sommes dépendants de notre personnalité et ses perceptions limitatives. La Conscience, ou la Voix intérieure de l'Esprit, nous met en contact avec l'Infini et nous guide vers la sagesse et la liberté.
La Conscience est la clé pour comprendre les dimensions cachées de notre Être. Nos ambitions et nos activités quotidiennes sont généralement si obsédantes qu'elles auraient tendance à diluer nos perceptions subtiles. Quand nous pratiquons le yoga, nous éliminons, temporairement, les distractions extérieures les plus grossières, ce qui nous permet d'être davantage en harmonie avec nos sensations intimes, nos émotions, pensées et les énergies sous-jacentes aux fonctions physiques. Nous devenons ainsi plus sensibles et... un jour, en un éclair de Grâce, la Conscience s'éveille.
La prise de conscience ne demande aucun endoctrinement ou aucune auto-suggestion. Par la pratique du yoga sous quelque forme que ce soit – hatha, mantra, dhyana (méditation), kriya, kundalini, nada, laya, karma, bhakti, buddhi ou gyana yoga – nous encourageons la manifestation spontanée de la Conscience. Elle est déjà à l’intérieur de nous, elle attend, il suffit de nous y connecter.
Révéler l'Inconnu.
Plus la Conscience afflue, plus notre « savoir » – intellectuel – devient plus profond et se transforme en « connaissance ». Des aspects ignorés de notre Être deviennent évidents et sont reconnus par nous. Rien de neuf ne se créée ; nous commençons simplement à re-connaître ce qui auparavant n'était pas perceptible. La Conscience ouvre la porte à des dimensions invisibles de l'existence : notre propre existence, l'existence des autres et de toutes choses.
Nous prenons conscience que depuis le jour de notre naissance, un processus ininterrompu de changements s'est mis en route, aussi bien dans le corps, le mental et les émotions qu'à travers les circonstances et les événements. Malgré cela il y a « quelque chose », une qualité, une « Présence » qui ne change pas, même avec l'âge. Ceci est la Conscience.
Lorsque nous sommes totalement perdus, impliqués dans nos actions, émotions et pensées, auxquelles nous nous identifions, nous sommes « inconscients ». Si nous faisons la même chose, mais en restant en contact avec nous-mêmes, alors nous sommes Conscients.
La Conscience, c'est le bonheur suprême. Pourquoi ? Parce qu'en étant Conscient nous savons que l'Essence de notre Être est au-delà du changement, au-delà de la mort. Il ne peut mourir. La mort du véhicule – le corps-esprit – ça, c'est certain. L'immortalité, ou l'absence de mort de l'Être Essentiel, est également certaine.
Conclusion
La prise de conscience pratique et quotidienne appartient au temps. La Conscience transcendantale est intemporelle. La prise de conscience pratique, c'est observer, dans l’espace, les événements et les expériences à la fois intérieurs et extérieurs comme le ferait un spectateur. La Conscience transcendantale c'est « voir » qu'il n'y a ni temps ni espace entre les événements.
La pratique de la prise de conscience, c'est essayer d'être en contact avec la face cachée ou la Conscience universelle alors que l'état de Conscience c'est être consciemment en osmose avec cette face cachée et s’identifier à Elle.
Ces deux sortes de Conscience, la pratique de la prise de conscience et l'état de Conscience, sont largement confondues (tout comme la pratique du yoga est confondue avec l'état de yoga qui est « union »). L'état est qualitativement différent de la pratique. Mais en nous efforçant d'être conscient (c'est-à-dire en pratiquant la prise de conscience) cela nous aide à nous ouvrir à cette qualité ou état de Conscience qui est au-delà de toute pratique.
« Un travail acharné et le souvenir de Dieu sont les deux cadeaux que la vie nous offrent » Swami Rama
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