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Un mythe japonais

 par Swami Nishchalananda Saraswati

Un mythe japonais raconte qu'au commencement, la vérité était une totalité, une page blanche. Les hommes s'en emparèrent et la déchirèrent, résolus à s'accaparer la connaissance pour eux-mêmes. La page fut lacérée et déchirée en mille morceaux, s'éparpillant comme de la neige, à l'exception de minuscules fragments dont s'étaient emparés ceux qui prétendirent détenir leurs « parcelles de vérité ».

Depuis l'époque de la page entière, l'humanité a été divisée par la controverse, les rivalités entre religions, entre écoles de pensées. Chacun prétendait que, étant donné qu'ils brandissaient un ou deux fragments de « la page de la vérité » ses adversaires n'en possédaient aucun. Il est fréquent de faire l'erreur de prendre une partie pour la totalité, de manière bornée et fanatique.

Les grands fondateurs de religions possédaient des brassées de ces fragments, mais pas la totalité. Shakespeare en avait saisi pour lui-même un grand nombre, en divulguant certains, d'ailleurs, de manière assez inconsidérée. Plus près de nous, Marx, Freud, Jung, Einstein, Keynes et bien d'autres ont exhibé leurs collections, mais c'était encore incomplet. Leurs disciples prétendent souvent, avec un certain manque de modestie, que ces collections sont complètes : Oscar Wilde, lui, dans son orgueil mais aussi dans sa sagesse, affirma : « Que Dieu m'épargne d'avoir des disciples ! »


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