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Faire face à la mort à travers le yoga et la méditation

 par Swami Nishchalananda Saraswati

Notre attitude à l’égard de la mort est contradictoire. Nous voyons en permanence la mort autour de nous, et pourtant une partie de nous pense « cela ne m’arrivera jamais ». Bien que nous préférerions ne rien entendre et ne pas l'évoquer, elle exerce une fascination morbide sur nous. Nous sommes attachés à la vie et donc nous rejetons et nous nions notre propre mort. Dans notre désespoir nous prétendons que notre rendez-vous avec la mort n’arrivera jamais, tandis que dans nos cœurs nous savons que, de tous les événements de notre vie, c’est le plus certain. Comme George Bernard Show l’a dit si justement :« La mort est l’ultime statistique – cent pour cent  parmi nous meurent. »
Et pourtant la plupart d’entre nous repoussons l’idée de notre mort jusqu’à ce que nous y soyons contraints par la maladie, le grand âge, une expérience proche de la mort (NDE) ou la mort d’un ami ou d’un proche. Nous voyons le sable dans notre sablier s’écouler et nous savons que chaque moment nous rapproche de notre crépuscule. A un niveau profond, parfois subconscient, nous sommes terrifiés par la mort et ceci crée une insatisfaction sous-jacente dans nos vies. Comme Henry Thoreau l’a dit si bien :
« La plupart des gens mènent une vie de tranquille désespoir. »

Différents points de vue. Le point de vue matérialiste considère la vie de l’individu comme une occurrence hasardeuse dans un univers vaste, menaçant et inconnu. La mort est perçue comme la fin de la vie individuelle et le retour vers le vide sans fond.
Les religions semblent avoir des attitudes très différentes à l’égard de la mort. Dans le Judaïsme, le Christianisme et l’Islam, elle est généralement considérée comme une opportunité vers une sorte de paradis ou bien, si l’on échoue à l’examen, on est envoyé à la damnation éternelle et en enfer. Dans l’Hindouisme et le Bouddhisme, la mort est perçue seulement comme un événement mineur dans un processus cyclique de reconnaissance et de transmigration, une étape dans une échelle en spirale d’évolution, déterminée encore pour le mérite ou l’absence de mérite.
D’un point de vue yogique, la mort est considérée comme partie intégrale de la Vie au sens le plus large du mot, lorsque d’anciens modes de vie se terminent et que de nouveaux commencent. Le Yoga a toujours mis l’accent sur la nécessité de faire face à la mort avant de mourir. Sinon nous risquerions, au moment de la mort, d’être submergés par des peurs extrêmes et peut être par un sentiment dévorant que nous avons gâchés nos vies. Plus encore, selon le yoga, cerner davantage la nature de la mort avant de mourir réellement nous offre l’opportunité sans prix de réaliser cet aspect de notre être qui est immortel. La mort est perçue comme l’ouverture de la porte vers l’Eternité et la Vie au-delà de l’ego.

Mort et Souffrance. La peur de la mort est une cause majeure de la souffrance humaine. Il y a quelque mille ans, le sage Patanjali dans son texte classique, les Yogas Sutras, a écrit que les causes principales de la souffrance humaine sont quintuples : avidya (ignorance spirituelle), asmita (égoïsme), raga (désir ou attachement), dwesha (dénégation ou aversion), abhinivesha (peur de la mort et attachement à la vie). Cela est encore valable aujourd’hui comme ça l’était hier. En développant une vision plus profonde de ces cinq aspects de la souffrance, nous pouvons aussi gagner une compréhension plus profonde de notre mort.
Avidya n’est pas l’ignorance au sens académique, mais l’échec (ou incapacité) à discriminer entre Ce qui est permanent – l’esprit ou Conscience sous-jacents – et ces choses qui sont impermanentes – tout ce que nous pouvons percevoir à travers le mental et les sens et tous les aspects de notre vie quotidienne incluant notre corps physique. Avidya est un état fondamental de l’ignorance spirituelle – ne pas connaître la Réelle Nature de chacun, ne pas savoir qui « Je suis ». Cette ignorance mène à asmita, une identification et obsession avec l’individualité de chacun qui est totale et consume tout. Nous croyons que notre existence n’est autre que notre personnalité et nous devenons centrés sur nous-mêmes et pleins de notre propre importance. En nous identifiant complètement avec notre personnalité, nous devenons conditionnés par raga, l’attachement au plaisir, possession et amis – et aussi à son opposé, dvesha, l’aversion de la douleur, des situations difficiles et de ceux qui ne soutiennent pas notre ego. On se sent attiré par ces choses qui donnent du plaisir et repoussé par celles qui amènent le déplaisir. Nous encourageons les événements ou personnes qui le diminuent. Parce que nous sommes attachés à notre sens de l’ego, abhinivesha, la peur de la mort, apparaît ; nous savons que la mort amène notre destruction en tant qu’individus.

Y a-t-il une existence après la mort ? Pour approfondir notre compréhension de la vie et de la mort, notre place dans le schéma de l’existence et découvrir si « quelque chose » demeure de nous après la mort, nous devons observer notre ignorance spirituelle, notre ego (sens de l’individualité) et le fonctionnement de notre esprit en terme de goûts et dégoûts. Le Yoga et la Méditation nous aident à affiner notre perception et encouragent ce processus de découverte de ce que nous sommes à un plus profond niveau. De cette manière nous pouvons gagner en profondeur dans la perception de la nature de la mort et de ce qui est au-delà, s’il y a quoi que ce soit. Dans la Katha Upanishad, Natchiketa demande :
« Ô Yama, Seigneur de la Mort, dissipe mon doute. Est-ce qu’une personne vit ou non après la mort ? »
C’est une question fondamentale que chacun d’entre nous devrait se poser avant de mourir – pas sur son lit de mort ou demain, mais MAINTENANT. Si nous voulons réellement accomplir nos vies nous devons connaître, avec certitude, la réponse à cette question. Le Yoga nous aide dans cette entreprise.
(La majeure partie de la Katha Upanishad est d’ailleurs consacrée à la réponse de Yama. Lisez vous-mêmes le texte, mais souvenez-vous que sa réponse peut seulement être comprise si nous approfondissons et affinons notre perception à travers la Méditation.)

Mourir dans la solitude. Jusqu’à une époque récente, en orient et en occident, on mourrait généralement (si on était chanceux) entouré par les proches et les amis. Aujourd’hui, de plus en plus de gens meurent seuls, négligés et à l'hôpital. Il y a un manque total d'accompagnement pour les mourants. Ceci a causé, et cause encore, une énorme souffrance aux millions de personnes qui meurent sans attentions, sans amour, seules et assaillies par la peur de l’inconnu. Le travail commencé par des personnes telles que Elisabeth Kübler-Ross et Stephen Levine, entre autres, a débouché sur le mouvement de soutien aux incurables et l’exploration des moyens d’aider les gens à mieux faire face à la mort.
Ceux qui sont en présence de mourants reconnaissent leur propre incapacité à faire face à cette dernière ( à la fois leur mort et celle des autres) et à ce sentiment d’être désarmé. Si quelqu’un proche de vous est en train de mourir , que faites vous ? Est-ce que vous haussez les épaules, prenez quelques tranquillisants, une cigarette, allez marcher, ou peut-être prêchez vous quelques inanités religieuses et philosophiques aux quelles vous ne croyez pas vous-mêmes ? Dans tous les cas la mort d’un ami ou d’un proche n’est pas aisée à affronter. Mais ajoutez-vous au désespoir du mourant, ou, par votre compassion et sagesse, l’aidez-vous à mourir plus paisiblement ? A moins que vous n’ayez approfondi votre propre compréhension de la nature de la mort, vous risquez plutôt d’aggraver la situation en plantant des graines de désespoir. En nous confrontant à la mort, notre propre mort, maintenant, quand la vie bat son plein, et en découvrant plus profondément sa nature, nous devenons capable d’aider plus effectivement les autres dans leurs derniers moments. Le Yoga nous aide dans ce processus.

Un coup d’œil derrière la scène. Durant ces dernières années, un certain nombre de livres ont été publiés relatant l’expérience de personnes qui sont mortes cliniquement, mais qui ont été ‘au-delà’ et sont revenues à la vie. Elles ont été enrichies, d’une certaine manière, par un coup d’œil derrière le rideau. Beaucoup parlent d’expérience mystique qui a transformé la qualité de leurs vies quotidiennes. Des centres s’ouvrent pour aider les gens à mourir en conscience, à supprimer la peur et à atteindre des Etats Altérés de Conscience (E.A.C.) à travers le processus de la mort. La pratique du Yoga peut jouer un rôle indispensable dans le fonctionnement de ces centres puisque son objectif même est de nous ouvrir à ces E.A.C.

La méditation ouvre nos yeux. La Méditation est un moyen d’affronter la mort pendant que nous sommes encore en vie. Ce n’est pas de la morbidité mais cela peut nous amener à approfondir notre compréhension de ce que nous sommes vraiment en tant qu’êtres humains. Cela nous permet un discernement, des implications plus profondes de la mort et de notre nature en tant que manifestation physique d’une Intelligence sous-jacente. La Méditation nous donne accès à la Réalité. C’est pourquoi la Méditation est une partie si importante du Yoga et des autres disciplines spirituelles. Cela nous donne un aperçu de cet aspect de nous qui ne change ni ne meurt.

Ce chemin de confrontation consciente de la mort a déjà été exploré par des Yogis qui nous ont transmis leurs enseignements et leurs sagesses. C’est à nous de profiter de leurs expériences et de découvrir la nature plus profonde de la mort, de la vie, pour nous-mêmes. Mais nous devrions commencer cette investigation MAINTENANT, tandis que nous sommes vivants. Nous ne devrions pas remettre cela comme le font la plupart d’entre nous.

Mandala Yoga Ashram, Pantypistyll, Llansadwrn, Llanwrda, Carmarthenshire, Wales, U.K. SA19 8NR
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