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La convergence de la science moderne et du mysticisme

 par Swami Nishchalananda Saraswati

La science et le mysticisme labourent un même sol. Le yoga est un pont dans ce processus. Au Vème siècle avant Jésus-Christ, le philosophe grec Héraclite décrivait l'univers comme un champ unique animé par un feu spirituel. Les textes et les enseignements hindous, bouddhistes, taoïstes, tantriques, yogiques et du samkhya ont toujours dit que la matière n'est rien d'autre que de l'énergie « solidifiée », qui constamment interagit et oscille entre la création et la destruction. Ce siècle-ci, Einstein a démontré que la matière est de l'énergie qui a pris forme. La physique quantique a prouvé que le vide apparent entre les particules atomiques est constitué de champs à partir desquels ces particules sont nées et où elles se dissolvent. Nous voyons donc que la roue de la connaissance a fait un tour complet : la science et le mysticisme (qui comprend le yoga) sont d'accord pour dire que l'univers tout entier est composé d'énergie, sous des myriades de formes.

De plus, la physique quantique fait une déclaration apparemment non scientifique lorsqu'elle affirme que l'observateur d'une expérience ou d'un phénomène influence les résultats mesurables de l'expérience (cela est particulièrement net pour des phénomènes comme la lumière et les interactions subatomiques). Cela va tout à fait à l'encontre de la physique de Newton, la base de toutes les sciences modernes et des technologies, et c'est un défi pour nos hypothèses au sujet de la nature du monde. (Newton, souvenez-vous, affirmait que le monde est constitué de blocs irréductibles et séparés de matière, dont les mouvements peuvent être prévus et observés par un observateur neutre.)

Le yoga, le samkhya et les autres systèmes mystiques indiens postulent deux principes qui constituent l'existence : Purusha (le sujet, la conscience universelle) et Prakritti (l'objet, la nature, l'énergie, la matière et le mental). C'est précisément, l'affirmation de la physique quantique, à savoir que le sujet influence directement l'objet, ou le monde au sens large. Nous ne sommes pas et nous ne pouvons pas être des acteurs ou des observateurs passifs sur la scène du monde. Nos pensées et nos émotions influencent les événements du monde et en font partie. Le fait de percevoir quelque chose affecte ce que nous percevons.

Donc les physiciens quantiques modernes questionnent l'essence même de nos hypothèses au sujet de la nature de l'existence. L'éminent physicien quantique John Wheeler commente :

« Des observateurs sont nécessaires pour donner l'existence au monde » (The Anthropic Cosmological Principe, p. 22).

Il appelle cette théorie le « principe anthropique de participation ». Ailleurs, il écrit :

« Dans un sens étrange, c'est un univers avec participation. Au-delà des particules, au-delà des champs de force, au-delà de la géométrie, au-delà de l'espace et du temps est l'ultime constituant de tout cela, l'acte encore plus subtil de l'observateur qui participe » (Quantum Theory and Measurement, écrit avec Wojcieck Zurek, p. 199).

Cela a des accents de mysticisme ! Dans le texte classique du yoga, la Bhagavad Gita, Krishna, le maître de yoga, instruit son disciple Arjuna :

« Ô Arjuna, tout ce qui existe, mouvant ou immuable, vient de l'union de Kshetra [le champ de l'expérience, Prakritti, la nature] et de Kshetragya [celui qui a connaissance du champ de l'expérience, Purusha, la conscience universelle] » (verset 13, 26).

Cette déclaration, écrite il y a des milliers d'années, est une définition parfaite de la physique quantique.

Si nous entrons maintenant dans le détail, nous découvrons que la physique quantique propose un « quantum vacuum » - terme inapproprié puisque ce n'est pas vide. C'est plutôt la réalité sous-jacente à toutes choses. On peut comparer cela avec la notion yogique et bouddhiste de shunya, incorrectement traduite par « vide », alors que ce n'est pas non plus vide ! Ce quantum vacuum est comme un bouillon de culture de paires de particules et d'antiparticules virtuelles. Une théorie générale au sujet de ce vacuum serait une théorie pour tout. C'est le « champs des champs » ou l'« océan des potentiels ». Il ne contient aucune particule, et pourtant toutes les particules sont issues d'une de ses vibrations. Dans le yoga, cela correspond à Prakritti, l'énergie primordiale avant qu'elle ne prenne forme sur le seuil où Prakritti et Purusha (la conscience universelle) se touchent.

La science moderne et les systèmes mystiques comme le yoga commencent à parler le même langage. Il est très intéressant de noter que le mot grec physis, racine du mot « physique », signifie « essence ultime » : la physique qui signifie « recherche de l'essence ultime », a donc le même but que le yoga. C'est seulement à cause d'un manque de compréhension de la part du mysticisme ou de la science qu'ils semblent contradictoires. En réalité, ils présentent tous deux des aspects différents mais également valables d'un point de vue général sur la vie, le cosmos et nous-mêmes.

En conclusion, il semble que le mysticisme devienne plus scientifique, et la science plus mystique. Le yoga, en tant qu'outil systématique pour éveiller les perceptions et la compréhension, peut, avec la science, nous aider à découvrir les dimensions inconnues de l'expérience et des connaissances humaines.


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