Je voudrais offrir à chacun mes meilleurs vux
pour l'année 2000. Que ce nouvel an, bien plus
que le point de départ de ce millénaire, soit
le début dune nouvelle ère et dun
monde meilleur avec moins de pauvreté et de
souffrance, plus de bonheur, de justice sociale
et une véritable éducation. Quil soit
aussi le présage dune plus grande
conscience spirituelle à travers le monde.
Malgré les tendances négatives des jours
actuels, telles que le stress mental et
émotionnel excessif, la surpopulation, l'abus de
produits chimiques dans la nourriture et la
pollution, lun des aspects notables de ces
30 dernières années est le grand nombre de
personnes, à travers le monde, qui poursuivent
activement un chemin spirituel avec le yoga ou
d'autres disciplines. C'est un contre-courant
significatif de la vision matérialiste qui
prévaut dans la vie moderne. Souhaitons que ce
mouvement vers l'éveil spirituel continue à se
développer dans l'ère nouvelle.
Les grands yogis de l'Inde avaient une vision
profonde de quatre facteurs principaux
nécessaires à l'accomplissement de la vie
humaine.
Tout d'abord il y a kama : le
besoin pour chacun de nous de satisfaire nos
besoins personnels et nos désirs en tant
qu'individus. Il est essentiel, sans aucun doute,
pour chacun d'entre nous mais, de nos jours, il
est disproportionné et il est devenu presque la
seule raison d'être de la vie, si bien que, trop
souvent, nos vies sont dédiées à la
satisfaction de l'ego.
Puis il y a artha : le besoin
pour chaque personne d'avoir suffisamment de
biens pour vivre, manger, nourrir la famille et
payer les factures. Il est dit (à juste titre
d'après moi) que si une personne souffre d'un
manque matériel, nous sommes tous diminués. Ces
deux facteurs - kama et artha
- dominent clairement dans la société
moderne. A un certain niveau c'est très bien,
puisque de plus en plus de gens sont capables
d'accomplir leur vie, au niveau personnel,
créant ainsi de plus en plus d'abondance à
partager autour d'eux. En espérant que nous ne
détruirons pas la planète sur laquelle nous
vivons, puisse ce processus se poursuivre dans le
prochain millénaire. Mais pour créer un
équilibre et une perspective plus large, il est
important (cela pourrait même être
essentiel à notre survie) que les qualités
humaines de compassion et de sagesse prévalent
davantage. Ces qualités peuvent seulement
apparaître si les deux autres facteurs sont
inclus dans les affaires humaines.
Le troisième facteur est dharma qui, bien
que traduit de manières très variées, signifie
au sens large " faire des choses qui
encouragent l'afflux de l'éveil
spirituel. " Cest dans cette
optique quinterviennent les religions
lorsquelles sont comprises et pratiquées
correctement. Dharma signifie aussi aider
les autres de toutes les manières appropriées ;
ceci bénéficie à la fois au donneur et au
receveur, car c'est en aidant les autres que nous
nous aidons finalement. La pratique du yoga nous
aide à nous connecter avec dharma. En
fait une partie fondamentale du yoga est de
comprendre dharma et de l'appliquer à nos
vies. Que la nouvelle ère nous apporte une plus
grande pratique de dharma pour que nous en
tirions tous les bénéfices, y compris nos
enfants, les animaux et pour la santé de notre
planète.
Le quatrième facteur, très peu considéré dans
les aspirations des hommes et des femmes modernes
et de la société, est moksha :
la réalisation de la nature spirituelle de
chacun. D'après les anciens rishis et
sages, et selon le yoga, tant qu'une personne
na pas compris qu'elle est plus qu'un corps
et quun mental, que fondamentalement son
essence profonde est enfouie dans les tréfonds
de la conscience ou intelligence sous-jacente,
alors sa vie n'est pas complètement réalisée.
Le yoga nous offre le chemin pour entrer en
contact avec notre être essentiel. Et, quand
nous réalisons notre propre nature spirituelle,
alors nous savons que la même nature réside
aussi au cur de chaque être humain qui
vit, qui a vécu et qui vivra jamais, ainsi que
dans toute créature vivante et même objet
matériel. A partir de là, notre attitude à
l'égard des autres ne peut plus être la même.
Ceci engendre sagesse et compassion. Nous
commençons à nous soucier des autres et aussi
de toutes choses. Si sur notre lit de mort, nous
avons accompli ces quatre facteurs dans notre
vie, alors nous pourrons mourir heureux, sachant
que nous avons fait tout ce qui devait l'être.
A laube de ce nouveau millénaire,
souhaitons que de plus en plus de gens en
viennent à pratiquer le yoga et d'autres
pratiques mystiques, pour amener ces quatre
facteurs dans nos vies. Nous pourrons ainsi
connaître notre nature et nous réaliserons le
potentiel qui est en nous. Chaque individu en
bénéficiera et, par conséquent, le monde
entier. Donc, malgré les turbulences de l'ère
moderne, je suis optimiste ; si nous amenons
ces quatre facteurs, kama, artha, dharma,
et moksha, dans nos vies, alors nous
pourrons créer un paradis sur terre.
Le nouveau millénaire me fait aussi penser au
flot du temps. Selon le yoga, le moment présent
est bien plus important que le passé et le
futur. C'est le moment présent qui est rempli
des possibilités futures et peut amener
conscience et vision transcendantale. Car la
conscience ne peut se trouver ni dans le passé
ni dans le futur : c'est ici et maintenant
ou bien jamais.
Sur le chemin spirituel, le temps est à la fois
important et peu important. Le temps est
important dans le sens où il faut commencer
maintenant, ou persévérer, chacun avec sa
pratique de yoga. Pas demain, à la retraite, ou
quand on aura le temps, mais maintenant. Dans un
sens plus large, cependant, le temps n'est pas
important du tout, puisque ce que nous sommes à
un niveau spirituel est au-delà du temps. Donc
nous avons tout le temps, inutile de se presser,
mais nous devons commencer maintenant. C'est un
paradoxe, mais la vie est un paradoxe.
J'étais à l'ashram pour le passage au
troisième millénaire. Ce lieu me semble être
l'endroit idéal pour vivre le moment présent,
observer le passé et regarder vers le futur. Ce
fut un moment de méditation et de réflexion.
Le 5 janvier, je me suis rendu en Inde du sud
pour 2 mois. Je me suis installé à Satyananda
Tapovanam, un bel ashram au cur dune
plantation de noix de coco de 12 hectares, à 25
km de Bangalore. Dirigé par Purna Bodha et sa
famille (de vieux amis que je connais depuis plus
de 25 ans), ce lieu est rempli de paix et
d'harmonie. Je suis rentré à Mandala Yoga
Ashram au début du mois de mars.
Cette planète, et tout ce qu'elle supporte, est
un grand projet d'existence. Jouons-y notre rôle
avec notre cur, avec une ouverture
d'esprit, avec compassion et avec sagesse. Que
votre cur et votre être (et les miens)
soient de plus en plus ouverts à cette
intelligence qui existe, a toujours existé et
existera toujours, cela qui est en chacun de nous
et en toute chose dans l'univers.
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