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SATSANGA Association avec la sagesse

 par Swami Nishchalananda Saraswati

Je me souviens bien du premier satsanga auquel j'ai assisté. Il était donné par Swami Satyananda à Belfast, en 1971. Je n'avais aucune idée de ce qu'était un satsanga, ni de quelle utilité cela pouvait être. En fait, si je n'avais pas été gentiment persuadé par Swami Atmananda, qui dirigeait le centre de yoga de Belfast, je ne me serais probablement pas préoccupé d'y aller. Swami Satyananda s'est assis dans un fauteuil, entouré par trente personnes environ. Des questions lui ont été posées sur toutes sortes de sujets, et il y répondait. Comme je n'avais aucune question, j'écoutais attentivement. Je trouvais certaines de ses réponses provocantes, et même quelques-unes un peu scandaleuses.

Toutefois, l'influence la plus forte de ce satsanga s'est exercée à un niveau subconscient, car c'est à partir de ce moment-là que j'ai vraiment commencé à pratiquer le yoga sérieusement.

Le satsanga est fondamental pour le yoga. On considère en effet qu'il est difficile, sinon impossible, d'aller plus avant dans une vie spirituelle et yogique sans lui.

Définition : le mot sanskrit sat signifie « vérité », et sanga signifie « association » ou « contact ». Donc, le mot satsanga signifie « association [ou contact] avec la vérité [ou la sagesse] ».

Il a plusieurs niveaux de signification. Tout d'abord, s'associer avec ceux qui suivent un chemin spirituel, se rassembler pour mettre en commun différents aperçus de la vie spirituelle et pour méditer en groupe. Ensuite, s'asseoir en présence de sages et écouter attentivement ce qu'ils ont à dire. Dans ce cas, le point central du satsanga est une personne considérée comme ayant un éveil spirituel. Une telle personne est capable de catalyser et de provoquer une prise de conscience d'un niveau plus élevé chez ceux qui sont présents.

A un niveau plus élevé, satsanga signifie pour chacun être en communion directe avec la vérité de son existence. Il y a une communication directe avec un niveau plus profond de la Conscience universelle.

Rôle : la fonction principale du satsanga est d'éliminer l'ignorance, les dogmes, les fausses croyances, les attitudes rigides et le conditionnement. Il est très difficile d'éliminer toutes ces choses par soi-même, car elles sont enfouies en chacun et elles font partie de notre personnalité. Notre compréhension, ou notre manque de compréhension, a tendance à tourner en rond dans notre mental et il est difficile, sinon impossible, de sortir de ces fourrés mentaux par la pensée. Nous avons besoin d'être poussés jusqu'aux limites de notre compréhension pour faire un saut dans l'inconnu. Tel est le rôle du satsanga.

Universalité : le satsanga a existé dès que les êtres humains se sont rendu compte des possibilités de la sagesse et du savoir spirituel. C'est, sous différentes formes, un des fondements de nombreuses religions ou de systèmes mystiques. Se rendre dans une église, une chapelle, une mosquée, un temple ou une synagogue, cela peut être un satsanga, s'il y a une ouverture parmi les participants et si la personne qui conduit la rencontre est éveillée spirituellement. Les Ecritures et les textes mystiques sont connus comme étant des satsangas, des enseignements qui ont été mis par écrit.

Dans les sociétés et les tribus dites primitives, le chaman, l'homme ou la femme médecin, l'ancien, l'homme ou la femme sage donnait des satsangas sous la forme de rencontres au cours desquelles il ou elle donnait des conseils à ceux qui les demandaient.

Le Christ a donné des satsangas d'un très haut niveau, tel le Sermon sur la montagne. Sa vie était de vivre la vérité. Ceux qui prenaient place autour de lui s'imprégnaient d'un niveau de conscience plus élevé simplement par sa présence, et ils étaient transformés. Le Nouveau Testament est plein de ses satsangas :

« Or, quand Jésus eut achevé ces instructions, les foules restèrent frappées de son enseignement car il les enseignait en homme qui a autorité [c'est-à-dire qui a un éveil spirituel] et non pas comme leurs scribes [ceux qui ont plutôt une connaissance intellectuelle] » (Matthieu, VII,28).

Son autorité venait de sa propre réalisation spirituelle, et cela se sentait.

Bouddha donna des satsangas à travers le nord de l'Inde pendant près de cinquante ans, inspirant une multitude de gens. Les textes bouddhistes sont pleins de ses satsangas. En fait, la communauté de bouddhistes est appelée sangha «  se rassembler », ce qui signifie plus ou moins la même chose que sanga « association ».

Dans la Grèce ancienne, Socrate donnait des satsangas aussi bien pour ses disciples que sur la place du marché. Il inspira de nombreuses personnes qui changèrent leur vie dans un sens positif, mais il en dérangea d'autres qui n'aimaient pas entendre ses vérités. Platon a transcrit les satsangas ou la sagesse de Socrate dans Phèdre et d'autres textes classiques.

Les Upanishads sont des transcriptions de satsangas qui résument l'essence de la pensée du Vedanta et du yoga. Littéralement, le mot sanskrit upanishad signifie « s'asseoir près de et apprendre », ce qui définit exactement le satsanga.

L'hindouisme ou le Sanatan Dharma, dans lesquels le yoga et le tantrisme enfoncent leurs racines, font constamment l'éloge du satsanga comme étant indispensable pour l'évolution spirituelle. On met l'accent sur le fait que viveka (la prise de conscience spirituelle) ne peut être éveillé et affûté que par le satsanga. Le Ramayana sanskrit affirme :

« Les sages prennent un bain dans l'eau sacrée du satsanga. En faisant cela, ils nettoient et purifient leur être intérieur. »

Et de plus :

«  Satsanga est comme la pierre philosophale qui change le fer en or. Même des personnes faibles ont été complètement transformées par son pouvoir. »

Valmiki, l'auteur du Ramayana, est lui-même un exemple d'une telle transformation. Pendant de nombreuses années, il a été voleur. Puis un jour, il s'est rendu à un satsanga du sage Narada Muni, et il a été transformé.

Dans le Vigyana Bhairava, un texte qui fait partie du système tantrique du shivaïsme du Cachemire, nous apprenons ceci :

« On devrait faire l'expérience du vide créatif [d'une totale prise de conscience], après un moment, en compagnie d'un sage [satsanga], en face d'un mur et dans toutes les situations » (verset 33).

Ce qui implique que, si l'on peut entrer en contact avec les dimensions spirituelles au cours d'un satsanga, on peut le faire également quelle que soit la situation, même en marchant, en parlant, en travaillant, en réfléchissant et en faisant la cuisine.

Le Bhaja Govinda, une pièce maîtresse des textes en sanskrit, considérée comme une expression spontanée de Shankaracharya, le prince des philosophes, et de quelques-uns de ses disciples, porte aux nues le satsanga, au verset 9 :

« A travers le satsanga [la compagnie des sages] apparaît le non-attachement. A trvers le non-attachement apparaît la libération à l'égard de l'erreur. Avec la libération à l'égard de l'erreur, on réalise la réalité immuable. Connaissant cette réalité immuable, on se dirige en douceur vers la libération spirituelle. »

En d'autres termes, le satsanga peut complètement changer notre perception et notre compréhension, de sorte que nous devenons plus conscients (non attachés). Cette prise de conscience nous donne un aperçu de l'au-delà des apparences, et nous cessons d'être hypnotisés par la nature superficielle de la vie. Nous nous rendons compte de l'existence d'une conscience suprême sous-jacente (la réalité immuable), diffusée par toutes choses. Cela est la voie vers la réalisation spirituelle et la libération.

Dans le Yoga Vashishta, un antique texte sanskrit, le sage yogi Vashishta dit :

« Le satsanga élargit l'intelligence de chacun, détruit l'ignorance et la détresse mentale. Quel que soit le prix, quelle que soit la difficulté, quels que soient les obstacles qui peuvent s'élever sur le chemin de chacun, le satsanga ne devrait jamais être négligé. Le satsanga est vraiment supérieur aux autres formes de pratique spirituelle comme la charité, l'austérité, les pèlerinages et les rites religieux. »

Nous ne devrions donc pas sous-estimer l'importance du satsanga sur notre chemin spirituel.

Un cours de yoga peut être un satsanga s'il permet la transformation - s'il y a une atmosphère de partage, d'introspection, s'il y a un mouvement vers l'inconnu. Cela dépend du professeur et de l'ouverture des élèves.

Ici, à l'ashram, et dans les séminaires que nous donnons à l'extérieur, le satsanga fait partie intégrante des enseignements. Il agit comme un moyen de réexaminer notre vie et notre but, et comme un lieu d'échanges et de transformation personnelle. Nous avons constaté que cela peut changer radicalement la vision qu'un individu a de lui-même et le sens de sa vie.

Au cours d'un satsanga, il se peut que vous n'ayez même pas besoin de verbaliser vos questions d'une façon ou d'une autre, elles trouvent des réponses. La question de quelqu'un d'autre peut éclairer ou clarifier un problème qui vous a ennuyé pendant un certain temps, quelque chose qui a peut-être été la source d'une perturbation mentale ou émotionnelle. Une remarque faite par hasard (si c'est possible !) au cours d'un satsanga peut enlever un doute ou des obstacles et vous donner une nouvelle direction sur le chemin du yoga vers la réalisation du Soi. Votre compréhension et votre perception peuvent devenir plus fines, et alors vous commencez à comprendre quelque chose pour la première fois. Chaque question consciente a déjà une réponse inconsciente à l'intérieur de nous. Notre mental ne peut pas formuler ou poser une question si nous n'avons pas déjà une réponse en nous, sous la forme d'une graine. Donc le satsanga est un moyen de se rendre compte que l'on a déjà, bien qu'inconsciemment, la connaissance.

Recherchons le satsanga. C'est essentiel pour aller plus profondément dans la vie spirituelle. Vous pouvez même avoir des aperçus mystiques ou philosophiques. On dit que le satsanga oblige le paradis à descendre sur terre.

Satsanga contre kusanga. Comment peut-on expliquer la différence entre satsanga « bonne association » et kusanga « mauvaise association » ? Dans le satsanga, même si l'on est en désaccord avec ce qui est dit, on peut sentir une atmosphère d'harmonie et d'échange constructif. On peut se sentir en équilibre et en paix. Dans le kusanga, il y a une tendance au bavardage, au verbiage vide de sens et à la médisance, ce qui laisse un goût amer dans la bouche, ne mène nulle part et est dégradant tous ceux qui y participent. Un chercheur spirituel doit éviter le kusanga comme un poison dangereux et rechercher la compagnie de personnes motivées spirituellement, le satsanga, autant que possible.

Que devriez-vous faire pendant le satsanga ? Cela dépend de chaque individu. Certains peuvent se satisfaire de rester assis tranquillement et de s'imprégner de l'atmosphère spirituelle. D'autres peuvent aimer poser des questions ou demander des conseils. Faites ce que vous sentez juste. Si vous avez envie de poser des questions, faites-le. Si vous n'en avez pas envie, ne le faites pas. Restez simplement assis et écoutez. Vous n'avez pas besoin d'accepter aveuglément ce qui est dit ou les réponses données. Vous pouvez douter, mais doutez avec un coeur ouvert. Ecoutez avec humilité, exprimez votre désaccord au moment approprié. Mais le satsanga ne doit pas dégénérer en un match de mots ou devenir un faire-valoir intellectuel. Participez avec une attitude sincère et honnête, en étant conscients que vous êtes là pour apprendre et pour vous imprégner, et non pour prouver votre intelligence ou votre agilité mentale.

On dit que durant le satsanga, c'est la sagesse universelle qui est évoquée. Au cours d'un débat sur un texte sacré, le sage associé à ce texte est, d'un point de vue subtil, aussi là avec vous. Quel que soit votre point de vue à ce sujet, vous devriez certainement essayer d'avoir ce sentiment quand vous participez à un satsanga.

Souvenez-vous : les mots ne transmettent pas la sagesse, ils l'expriment. Dans le satsanga, les mots sont plutôt le véhicule pour communiquer ce qui est incommunicable. Le maître bouddhiste zen Rinzai demanda à un disciple : « Dis quelque chose au sujet de la vérité. » Que fit le disciple ? Il gifla le maître. Comment peut-on répondre quand la question elle-même est erronée ? Sans aucun doute, le maître testait le disciple, car en fin de compte rien ne peut être dit au sujet de la vérité.

Fondamentalement, les mots sont des expressions de l'ignorance. Au cours d'un satsanga, n'écoutez pas tant les mots que ce qui réside au-delà d'eux. N'écoutez pas leur signification superficielle, mais essayez d'en saisir intuitivement l'essence.

Le satsanga signifie communication, une communication consciente, avec la réalité sous-jacente à toutes choses. Pour que cela se produise, il faut être ouvert. La perception a besoin d'être extraordinairement subtile, lavée de toute ignorance, des préjugés et des blocages. Alors le coeur de l'être de chacun est en satsanga (c'est-à-dire en communion) avec la réalité. Cela, c'est le yoga.

Dans un sens plus profond, chaque chose est un satsanga. Nous sommes toujours dans un état de satsanga, de communion avec le réel. C'est notre ignorance qui nous fait penser autrement. Le but de la participation à un satsanga (c'est-à-dire de l'association avec des compagnons de quête) est de nous montrer comment ressentir le satsanga comme une expérience directe et vivante.

« Une vie dans laquelle on ne se pose pas de questions ne vaut pas d'être vécue » (Socrate).


Mandala Yoga Ashram, Pantypistyll, Llansadwrn, Llanwrda, Carmarthenshire, Wales, U.K. SA19 8NR
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