En octobre
1993, nous avons emmené un groupe de vingt-huit
personnes en Inde. Chaque journée du voyage a
été très intense et pleine d'expériences. La
plupart des membres du groupe ont été
fascinés, quelques-uns ont été choqués, mais
personne n'oubliera jamais cette visite.
Le car, que
nous avions loué pour les trois semaines et
demie du périple, nous a épargné bien des
problèmes de voyage (vol des bagages, des
passeports, d'argent etc.), il a permis de garder
le groupe uni et d'entrer en contact direct avec
l'Inde et ses habitants. Nous avons pu sortir des
sentiers battus et établir nous-mêmes nos
horaires. Nous avons eu la très grande chance
d'avoir un conducteur irréprochable, toujours
parfaitement calme, même lorsqu'il était
obligé de se rabattre sur le bas côté de la
chaussée par un chauffeur de camion doublant en
sens inverse (en partie à cause d'un excès de
boisson et en partie à cause d'un excès d'ego
!). Lui et son assistant incarnaient le parfait
calme yogique dans les situations les plus
pénibles.
Le lendemain
de l'arrivée à Munger, nous sommes allés
rendre visite à Swami Satyananda et à Swami
Atmananda, avec notre car. Pour beaucoup, ce fut une expérience très intense.
Environ six
mille personnes venues du monde entier et de
toutes les régions de l'Inde ont participé aux
quatre jours de la convention organisée par la
Bihar School of Yoga à Munger. Elle a été
conduite de main de maître par Swami
Niranjanananda, le président. L'organisation
était impressionnante. Même le premier jour,
qui faillit tourner au désastre, a été
transformé en une expression spontanée de joie,
dans les chants et la danse, alors que les cieux
déversaient des pluies torrentielles sur le
grand chapiteau, dont le sommet avait été
emporté par des vents violents. Des orateurs
savants et inspirés exposèrent leur expérience
de différents aspects du yoga. Mais le thème
principal, comme l'a expliqué Swami
Niranjanananda, était que tout le monde devrait
travailler ensemble pour diffuser le yoga
" de continent en continent et de porte
en porte ".
Très tôt le
matin, deux jours après la fin de la convention,
nous sommes partis visiter quelques lieux
historiques du Bihar. Tout d'abord, nous avons
découvert Pawapuri, l'un des endroits les plus
sacrés du jaïnisme, où Mahavir, leur plus
important tirthankara (littéralement
" passeur de gué " ou "
découvreur de la voie ") est mort au Vème
siècle avant Jésus-Christ. Cela valait bien une
visite. Puis nous avons poursuivi notre route
vers l'université de Nalanda, ou plutôt ce
qu'il en reste, depuis qu'elle a été détruite
par l'armée de Bhaktiar Khilji au XIIIème
siècle de notre ère. Encore de nos jours, elle
est très impressionnante, et on peut facilement
imaginer sa grandeur passée. A l'apogée de sa
gloire, on dit qu'il y avait deux mille moines
enseignants et dix mille étudiants.
Plus tard,
nous nous sommes arrêtés à Rajgir, où Bouddha
fit de nombreuses années de sadhana
(pratiques spirituelles) au pic des Aigles. Nous
n'y sommes pas restés très longtemps, car il
faisait presque nuit. Il est déconseillé de
voyager la nuit dans le Bihar car il y a de
nombreux dacoits (voleurs). En fait, sur
le bord de la route, ce matin même, un chai
wala (vendeur de thé) m'avait dit que le car
précédent avait été dévalisé. (Je ne l'ai
dit à aucun des membres du groupe, de peur de
les effrayer, et ils l'apprendront probablement
en lisant cet article !). Donc nous avons roulé
rapidement vers Bodh Gaya, où nous sommes
arrivés une heure et demie plus tard, juste
après le crépuscule. Nous sommes allés
directement au temple Maha Bodhi, qui est connu
comme l'endroit où Bouddha atteignit
l'illumination. Il était pratiquement plein,
mais il y avait une atmosphère de sérénité.
Nous avons trouvé que c'était un lieu vraiment
impressionnant. Cette nuit-là, la plupart
d'entre nous ont dormi dans le car.
Le jour
suivant, nous avons continué en direction de
Varanasi (également appelée Kashi et
Bénarès), qui, dit-on, est la plus ancienne
ville vivante du monde. C'est certainement l'une
des villes les plus intéressantes du monde ; il
s'y passe toujours quelque chose dans chaque coin
et recoin. Nous avons marché le long des ghats
(les berges du Gange où les gens prennent leur
bain et où les corps sont brûlés), et nous
avons visité quelques-uns des innombrables
temples. Certains ont flâné chez les marchands
de thé, pendant que d'autres passaient des
heures dans les fabriques de soieries et les
boutiques (y a-t-il encore de la soie à
Varanasi ?). Nous sommes allés à Sarnath,
à dix miles de là, où dit-on Bouddha a
commencé son enseignement. Les quatre jours à
Varanasi furent mémorables. En dépit de
l'incroyable concentration de circulation et de
pollution, on se sentait parfaitement chez soi et
charmé par cette population (même par les
racoleurs et les marchands ambulants qui
essayaient de nous vendre tout ce qui existe sous
le soleil !).
Nous avons
voyagé de nuit vers Vrindavan. Nous étions
alors dans l'Etat d'Uttar Pradesh, région natale
du chauffeur, et il nous assura qu'ici
contrairement à ce qui est le cas dans le Bihar,
on ne risquait rien à voyager de nuit. Ce fut
notre plus long trajet en car : quinze heures.
Vers midi, le jour suivant, juste avant
Vrindavan, nous sommes passés près d'Agra, et
nous avons fait une visite impromptue au Taj
Mahal. Puis nous avons passé deux jours à
Vrindavan, où nous avons visité un grand nombre
de temples dédiés à la vie et aux exploits de
Krishna. C'est une ville très calme, pas très
propre, mais attachante par son atmosphère de
dévotion et sa douceur.
Puis nous
avons pris le chemin de Rishikesh, qui est
située sur les bords du Gange à l'endroit où
il jaillit des contreforts de l'Himalaya. Nous
avons séjourné à Veda Niketan, l'un des
nombreux ashrams de Rishikesh, qui est dirigé
avec compétence par un yogi nommé Vishvaguru.
Il est assez âgé, mais il a l'énergie d'un
jeune homme.
A Rishikesh,
il y a un choix infini d'activités. On peut
visiter l'un des ashrams, chacun ayant ses
enseignements spécifiques et son atmosphère
particulière. On peut écouter les conférences
passionnantes de Swami Brahmananda, à Shivananda
Ashram, s'asseoir calmement près du Gange, ou
bien parler aux nombreux personnages que ce
merveilleux lieu sacré attire. La plupart des
membres du groupe ont fait le pèlerinage à Neel
Kantha, un temple consacré à Shiva : une
ascension difficile de douze kilomètres dans les
montagnes avec pour escorte une armée de singes.
Tout le monde a apprécié la semaine à
Rishikesh, mais deux personnes ont été
frappées par la typhoïde. Elles sont maintenant
rétablies.
Ensuite, nous
sommes revenus à Delhi, où la plupart des gens
ont fait des achats avant de prendre l'avion de
retour vers l'Europe.
Le voyage fut
un succès dans ce sens qu'il donna à chaque
membre du groupe l'occasion d'entrer en contact
avec l'Inde telle qu'elle est, sans être
cloîtré dans des hôtels de luxe, des cars ou
des trains climatisés. Le prochain voyage sera
probablement un pèlerinage dans les lieux
sacrés du haut Himalaya.
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