LA BHAGAVAD GITA Ses enseignements mystiques et ses applications pratiques
La Bhagavad Gita (« Le
chant du Divin ») est un magnifique texte classique sanskrit qui développe
les enseignements pratiques et mystiques du Yoga, une écriture sainte sur
Bhrama Vidya (« Science de la Conscience »). Le texte montre
comment nous pouvons vivre le yoga à chaque instant de la vie quotidienne.
Le sage Vyasa l’aurait écrit :
la Bhagavad Gita est composée de 18 chapitres comprenant 700 versets en tout ;
elle fait partie du grand poème épique, le Mahabharata (« La Grande
Inde »), dont les 100 000 versets constituent le livre d’Ecriture
sainte le plus volumineux du monde. La Bhagavad Gita est communément et
affectueusement appelée « La Gita » (« Le Chant »).
La Gita retranscrit les
enseignements de Krishna à Arjuna et donne une explication claire de la plupart
des principales voies du Yoga, notamment Karma, Gyana, Bhakti, Mantra, Dhyana et
Buddhi Yoga.
L’objectif de la Gita est
de nous guider et nous aider à équilibrer et harmoniser chaque domaine de
notre vie, nous permettant ainsi de vivre pleinement, dans la sagesse et la
joie.
Cet article ne prétend pas
traiter la Gita de manière exhaustive, mais simplement donner quelques pistes
pour que vous puissiez l’approfondir par vous-même. Le paragraphe qui suit
explique brièvement la trame de fond de la Gita – un mélange d’histoire et
de mythe.
Nous avons indiqué, en
sanskrit, les noms de certains des principaux personnages, ainsi que leur rôle,
pour vous donner une idée de leur signification symbolique.
L’ENVIRONNEMENT HISTORIQUE ET MYTHIQUE
Bien avant le début de l’ère
chrétienne, un puissant royaume prospérait dans le nord de l’Inde.
Dhritarashtra était le fils aîné de la famille royale. Normalement, il aurait
dû devenir roi, mais né aveugle – la loi
interdisant à un aveugle de régner –, son frère
cadet, Pandu, était monté sur le trône à sa place.
Le roi Pandu avait deux épouses
– Kunti et Madri. Selon le mythe, un Rishi (sage) l’avait maudit, aussi ne
pouvait-il avoir de descendance. Cependant, sa première épouse avait reçu
d’un autre Rishi, le privilège de concevoir un enfant de n’importe quel
dieu. Elle avait trois enfants nés des dieux : l’aîné Yudhishthira (« Ferme
dans la Guerre »), dont le père était Dharma – dieu de la pensée
et de l’action justes –, était de nature parfaite ; le deuxième,
Bhima (« Le Terrible ») dont le père était Vayu – dieu du
vent –, était téméraire et doté d’une force immense ; et le troisième,
Arjuna (« Clair, Lumineux ») dont le père était
Indra – dieu de l’esprit –, était renommé pour ses qualités
chevaleresques. Arjuna est le héros principal de la Gita. En tant que fils du
dieu de l’esprit, il est, comme tous les humains, assailli par le doute.
Kunti, pour éviter la
jalousie de la seconde épouse, transmit à celle-ci son privilège, et Madri
donna naissance à Nakula et Sahadeva, jumeaux nés des Ashwins. On les appelait
les cinq frères Pandavas, bien que le roi Pandu ne fût pas vraiment leur père.
Pour corser l’intrigue,
Dhritarashtra l’aveugle avait 100 fils de son épouse Gandhari : les frères
Kauravas (« les Fils de la Tribu de Kuru »). Contrastant sur
tous les plans avec les cinq nobles Pandavas, les Kauravas, menés par l’aîné
Duryodhana (« Ignoble sur le champ de bataille »), étaient
malveillants et cruels, comploteurs et toujours prêts à s’abaisser à des
procédés tortueux.
Au cours de son règne,
Pandu tua accidentellement un prêtre. Il se retira dans la forêt pour expier
sa faute, laissant à l’homme d’État le plus ancien, Bhishma, (« Le
Redoutable ») – oncle de Pandu et de Dhritarashtra –, le soin
d’assumer la régence du royaume. Les deux lignées de frères l’appelaient
affectueusement le Grand Père et il surveillait l’éducation
de tous les enfants, aussi bien celle des Pandavas que des Kauravas. Tous
grandissaient ensemble, avaient les mêmes professeurs et étaient traités de
manière égale.
Yudhishthira,
l’aîné des Pandavas, était considéré comme l’héritier légitime du trône.
De ce fait, dès l’enfance, Duryodhana voyait Yudhishthira comme un obstacle
à son accession… au trône. Avec ruse, il complota la chute de Yudhishthira
et des autres frères Pandava en misant sur l’unique faiblesse de Yudhishthira
– le jeu. Il l’incita à jouer aux dés, ce qui entraîna
la perte de son royaume. Ils furent bannis et partirent dans la forêt pour une
période de 12 ans et une année. Il fut convenu que Duryodhana prendrait soin
du royaume pendant leur absence.
Durant
leur séjour dans la forêt, les Pandavas eurent l’opportunité de pratiquer
le yoga et de faire la connaissance de nombreux sages. Après 13 années, les frères
vinrent réclamer leur royaume, mais Duryodhana refusa de le leur rendre. La
guerre était inévitable. Les deux camps recherchèrent l’aide de Krishna.
Comme Krishna ne souhaitait pas prendre parti, il accepta que chaque camp choisît :
lui-même ou son armée. Duryodhana choisit l’armée de Krishna pour aider la
cause des Kauravas tandis que Yudhishthira et les Pandavas prirent Krishna sans
armes.
Krishna
devint le conducteur du char d’Arjuna et, avant la bataille, ils conduisirent
le char sur la ligne de partage des deux armées. Là, Krishna expliqua à
Arjuna les enseignements du Yoga ; leur dialogue est la Gita. Bien que n’étant
pas physiquement sur le champ de bataille, mais dans la ville proche d’Hastinapura,
la discussion entre Krishna et Arjuna est rapportée à l’aveugle Dritarashtra
par son conseiller, Sanjaya, qui avait le don de clairvoyance et clair-audience.
La
bataille dura 18 jours, chacun des 18 chapitres correspondant à une journée
sur le champ de bataille. Voici qui plante, très sommairement, le décor de la bataille
de Kurukshetra.
SYMBOLISME
Kurukshetra
(« le champ des Kurus ») est le nom du champ de bataille. Il
se réfère à la tribu des Kurus dont les Kauravas étaient les descendants. Le
lieu existe toujours, juste au nord de Delhi, sur la ligne de chemin de fer. La
bataille semble avoir réellement eu lieu, à l’aube de l’histoire
officielle de l’Inde. Il s’agit de l’équivalent indien d’Armageddon.
Krishna conduit le char
dans lequel a pris place Arjuna. Le char symbolise le corps physique et le
mental individuel. Les cinq chevaux représentent les cinq sens. Les deux
rênes symbolisent Viveka (la capacité de discrimination) qui nous permet de
trouver l’équilibre, ou la voie du milieu, lors de conflits entre des désirs
discordants.
Les Kauravas et les Pandavas
sont cousins. Leur ancêtre commun symbolise le fait que le bien et le mal,
l’ignorance et la sagesse, sont issus de la même Source. Il y a cent Kauravas
(nos tendances négatives) mais seulement 5 Pandavas (nos tendances positives).
Une guerre constante se livre à l’intérieur de chacun de nous.
Dhritarashtra (« Celui
dont l’Empire est Ferme ») le roi aveugle, représente l’ego sans
discernement, à la merci des forces de l’ignorance (les fils Kauravas). Comme
Arjuna, Il représente également chacun de nous. Son conseiller, Sanjaya (« Celui
qui donne la Victoire ») représente l’Attention ou la Conscience
(voir plus loin) qui est le lien entre l’ego et notre Être essentiel (connu
dans le yoga sous le nom d’Atma). En écoutant Sanjaya (c’est-à-dire, en éveillant
la conscience) nous obtenons la « victoire » et prenons contact avec
notre Être essentiel.
Arjuna
symbolise le pratiquant de yoga ou le chercheur spirituel. Il est l’âme qui
se débat, qui n’a pas encore reçu la Vérité salvatrice. Il est également
connu sous le nom de Partha (fils de « Pritha » ou
« fils de la terre ») ; comme nous, son corps physique a
été façonné dans le limon de la terre. Il représente chacun d’entre nous.
Il ne veut pas se battre car il sera obligé de tuer les membres de sa famille
et ses amis qui se trouvent dans l’autre camp. Il est angoissé – « se
battre ou ne pas se battre » (ce qui nous rappelle le même dilemme,
puissamment exprimé par Shakespeare à travers le personnage de Hamlet :
« être ou ne pas être ». Il est troublé et ne sait pas quelle est
l’action juste à entreprendre. Il est envahi par le doute, le refus, la haine
de la vie, l’angoisse et le désespoir. Il en appelle à son Guru, Krishna,
qui le guide. Si nous cherchons sincèrement, alors, comme Arjuna, nous
trouverons également la direction (symbolisé par Krishna).
Dans la vie, chacun
d’entre nous se trouve confronté à des choix difficiles, bien que ceux-ci
soient moins graves que ceux auxquels était confronté Arjuna sur le champ de
bataille. Ces conflits créent souvent une confusion totale dans notre esprit et
dans notre vie. Comment devons-nous agir ? Est-ce que cela en vaut la
peine, la vie vaut-elle la peine d’être vécue ?
L’enseignement du yoga
exposé dans la Gita, nous montre le chemin pour sortir de la confusion, en nous
donnant la lucidité et la confiance qui nous permettent d’agir de manière
juste. Nous devons prendre des décisions, elles sont parfois difficiles, et,
dans la vie, nous devons agir. Krishna nous enseigne, ainsi qu’à Arjuna,
comment agir. La Gita nous montre que les contradictions et les dilemmes de la
vie ne peuvent être résolus qu’à travers une plus grande Prise de
conscience – c’est-à-dire lorsque Buddhi est éveillée (voir plus loin).
Alors seulement nous pouvons vivre en harmonie, même au milieu de tous les
conflits de la vie.
Le chemin du yoga ou chemin
spirituel commence souvent quand nous traversons un moment d’angoisse ou même
de désespoir. Ce n’est qu’à ce moment-là que nous commençons à nous
poser des questions importantes sur notre vie,
sur la direction qu’elle prend et notre place dans la trame de l’existence.
C’est pourquoi le premier chapitre de la Gita est intitulé « Le Yoga
du désespoir ou du découragement d’Arjuna ». Le chapitre 1, bien
que souvent parcouru rapidement, est pourtant très important.
Dans la vie quotidienne,
nous devons constamment décider de ce qui est juste et de ce qui ne l’est pas ;
de ce qui est approprié et de ce qui ne l’est pas. La Gita nous apprend à
faire des choix. La bataille entre les Kauravas et les Pandavas n’est pas un
plaidoyer pour la guerre, mais symbolise la voie de l’ignorance s’opposant
au chemin de la sagesse – la bataille que chacun d’entre nous doit livrer,
à la fois intérieurement et extérieurement, entre une pensée positive et une
pensée négative. Entre des actions négatives et des actions positives. Pour
ceux qui sont sur le chemin spirituel, la bataille indique le processus de Yoga
par lequel nous pouvons transformer nos penchants pour l’ignorance en penchant
pour la réalisation de l’Esprit. Il nous appartient de choisir notre chemin.
Après
de nombreuses tribulations, les Pandavas gagnent la bataille : la sagesse
et la compassion triomphent de l’ignorance et de l’égocentrisme. Au
commencement, il peut sembler que les actions égoïstes dominent, mais à la
tombée du jour, l’altruisme gagne. L’égoïsme nous mène à l’ignorance
et le malheur alors que l’altruisme nous conduit à la Vision Transcendante,
la Sagesse et la Joie.
Krishna
symbolise l’intelligence Suprême (Paramatma) qui, comme le Guru,
l’enseignant spirituel, se manifeste auprès d’Arjuna, le chercheur de Vérité.
Il a de nombreux noms ; en voici quelques-uns : Yogeshwara (« Le
Seigneur du Yoga »), Madhava (« Le Doux – celui qui éveille
la Béatitude »), Govinda (lit. Le Bouvier mais plus exactement « celui
qui donne la libération ») et Parthasaraty (« Le conducteur
du char de Partha », ou Arjuna). Selon notre personnalité, ou notre
destinée, le Guru se manifestera soit physiquement, en un être humain, soit
sous la forme d’un Guru intérieur (la voix intérieure). C’est selon… le
Guru, ou Maître, nous guide lentement vers le niveau qu’il (ou elle) a
atteint. Le Maître donne des instructions qui, avec le temps et de la pratique,
nous permettent de trouver un sens à la vie et être ainsi plus lucide, tant
dans nos pensées que dans nos actions.
L’histoire de la vie de
Krishna est relatée dans le texte classique « Srimad Bhagavatam ».
Son authenticité historique est moins importante que ce qu’il représente et
ce qu’il enseigne. Krishna dit lui-même que ce qu’il enseigne n’est pas
nouveau, mais qu’il se contente de répéter une sagesse millénaire. Il
symbolise la Nature fondamentale en chacun de nous et signifie que chacun peut
devenir un instrument de l’Intelligence supérieure. Durant toute sa vie,
Krishna a été le modèle de l’action en pleine conscience - la Conscience
pure qui s’exprime dans l’instant présent.
Comme
le Christ pour les Chrétiens, la naissance de Krishna indique qu’il existe
une possibilité de rédemption. Il est né de Devaki (une abréviation de « daivi
prakriti » qui signifie « nature intelligente ») ;
c’est-à-dire qu’il est né des entrailles de l’Intelligence sous-jacente.
Nous pouvons naître deux fois ! Notre première naissance a lieu dans le
ventre de notre mère, notre seconde naissance peut avoir lieu, si nous affinons
notre perception et notre compréhension afin de re-naître dans
l’accomplissement de la Sublime Conscience. Voici ce que nous enseigne
Krishna.
Les limites du mental.
Comme nous tous, Arjuna s’efforce d’utiliser l’intellect pour trouver les
réponses. Mais la capacité de compréhension de notre cerveau individuel est
limité, il nous fait tourner en rond et nous nous embrouillons davantage. Nous
devons donc approfondir les niveaux intuitifs (indiqués par Krishna) pour
trouver les réponses. Tel est l’enseignement de la Gita.
La
compréhension aveugle mène aux actes aveugles.
Par sympathie pour son époux aveugle, l’épouse de Dhritarashtra,
Gandhari, se met un bandeau sur les yeux. Ceci la place dans la même barque que
son mari et indique qu’un ego aveugle, ou l’ignorance, conduit à des
actions aveugles et inappropriées.
L’attention.
Sanjaya, celui qui voit la bataille, symbolise Buddhi – la faculté de
comprendre ce qui existe en chacun de nous, généralement en sommeil, qui
permet l’éveil de la Conscience (voir plus loin Buddhi Yoga). Sanjaya a une
sympathie évidente pour les Pandavas, symbolisant les actions et les pensées
justes (Les Pandavas) qui engendrent l’éveil de Buddhi.
Krishna
et Arjuna dialoguent au milieu des forces prêtes à se battre. C’est-à-dire
que l’ego aspirant (Arjuna) est amené par la Conscience (Krishna) à voir à
la fois le côté négatif et le côté positif du mental. L’ego, Arjuna, est
dans une confusion totale ; Krishna, la Conscience, apporte la clarté.
Les premier et dernier
mots. Le premier mot de la Gita est « dharma »,
traduit de manière approximative par « la pensée et l’action justes »,
et le dernier mot est « mama » (possessif « mon »).
L’enseignement principal de la Gita peut donc être résumé par « mon
dharma » : « au lieu d’être obsédé par l’idée que vous êtes
complètement libre d’agir, soyez conscient que vous êtes un instrument de Ma
Volonté (mon dharma) ». De cette manière, nous pouvons atteindre
l’état Transcendant de l’existence. Voici l’essence même de
l’enseignement de Krishna et du Yoga.
TOILE DE FOND PHILOSOPHIQUE
Les deux pôles de
l’Existence. Les enseignements de la
Gita sont principalement basés sur la philosophie du Samkhya considère que
l’existence phénoménale est le résultat des deux principes fondamentaux
Prakriti et Purusha. Prakritti est l’univers manifesté : la matière,
l’énergie, le mental, tous les objets et les êtres, qui existent dans
l’univers infini. Pour l’être humain, il s’agit du corps physique, du
corps énergétique et du mental (c’est-à-dire la personnalité). C’est
l’environnement dans lequel nous vivons – l’autre principe est Purusha :
la Réalité Sous-jacente, l’Esprit, la Conscience, le Sujet Éternel. On
pourrait dire que Purusha, est la page vierge et que Prakritti en est l’écriture.
Ces deux principes imprègnent chaque parcelle de l’existence.
Presque chaque verset de la
Gita se réfère à cette relation Purusha-Prakritti. Purusha est transcendant,
éternellement libre, toujours sensible et toujours serein, tandis que Prakritti
est mouvement perpétuel et changeant selon le jeu des Gunas – Sattwa, Rajas
et Tamas.
Pour mieux illustrer la différence
entre Purusha et Prakritti, au chapitre 13, Krishna de la différence entre
Kshetra (« le champ ») et Kshetra-gya (« celui qui
connaît le champ ») où Kshetra est Prakriti, le champ de la
Manifestation, du Phénomène ou Énergie et Kshetra-gya est Purusha, l’Intelligence
sous-jacente. La faculté de reconnaître la différence (ref : v. 13.34),
qui se nomme Viveka (discernement intuitif) peut être éveillée par la méditation.
C’est alors que la philosophie livresque devient une vision mystique et que la
simple intelligence devient perspicacité et perception directes.
LES ENSEIGNEMENTS
La Gita met l’accent sur le yoga global qui intègre la
plupart des voies du Yoga.
Gyana Yoga
est le yoga de la perspicacité et de la sagesse. Dans la Gita, il est souvent
appelé Samkhya Yoga et son but est de faire prendre conscience, entre autres,
que « nous », « vous » et « je » ne sont pas
vraiment des entités individuelles indépendantes mais font partie d’une
Totalité interconnectée et interdépendante. Chaque être humain, et chaque être
vivant, d’ailleurs, n’est qu’un rouage d’une grande roue :
« Arjuna,
L’intelligence sous-jacente demeure dans le cœur de tous les êtres, la roue
de Maya [l’illusion créative] les fait agir comme mus par un mécanisme. »
(18.61)
Le monde des phénomènes
n’est que l’expression d’une Réalité Sous-jacente (ou, pour utiliser un
mot scientifique, le Quantum Vacuum). Aux versets 13.14-17 Krishna dit :
« Il illumine toutes les facultés sensitives, sans avoir lui-même aucun
sens ; détaché de tout, il est le soutien de tout ; au-delà du jeu
de la nature, il aime le jeu de la nature ; il est à la fois proche et
lointain, Intérieur et extérieur aux êtres ; également immobile et en
mouvement, indiscernable [par le mental] par sa subtilité, Sans être partagé
entre les êtres il est répandu en eux tous ; au fond de tous les cœurs,
il est la lumière des lumières. Sa réalisation est le but de Gyana Yoga et de
la vie spirituelle ».
Le
but de Gyana Yoga est de connaître intuitivement la Réalité qui sous-tend
tous les êtres et tous les phénomènes. Les disciples de Gyana Yoga « voient
que là même où il y a mille objets, tous sont Une Intelligence ».
Cette réalisation engendre Bhakti (dévotion).
Bhakti Yoga
concerne la diminution de l’ego en s’abandonnant à une Intelligence supérieure.
Krishna dit :
« Dirige vers moi
ton esprit ; sois dévoué envers moi, adore-moi, rends-moi hommage, sois
discipliné, prends-moi pour but ; tu parviendras jusqu’à moi. »
(9.34)
Le « moi » se réfère à l’Intelligence
sous-jacente – vous pouvez lui donner le nom que vous souhaitez – Dieu, le
Divin, le Suprême, Brahman, l’Absolu, Allah. Bhakti Yoga est la dévotion
envers la Vérité et l’Intelligence derrière toute chose. Vous pouvez considérer
cette Intelligence comme Lui, Elle ou Cela et selon quelle forme ou non-forme
que ce soit. Comme support de dévotion, vous pouvez utiliser n’importe quelle
forme, que ce soit Krishna, ou le Christ, Buddha ou Shiva, Mohammed ou Rama, la
Déesse Kali ou Uma, Ahura Pazda ou même Zeus si vous le souhaitez. Cela peut
se traduire au travers d’un saint ou de votre Guru, vivant ou mort. Si vous le
souhaitez vous pouvez adorer Celui qui n’a pas de Forme (voir chapitre 12).
Ceci est votre choix et dépend de votre personnalité et de votre environnement
religieux et socioculturel.
Ils conduisent tous à la même réalisation, « tous les chemins mènent
à Rome ». La forme spécifique est sans importance – ce qui est
important c’est la clarté, l’inspiration et l’énergie générées par
une telle dévotion. Bhakti ouvre les portes de la perception. Krishna est très
clair dans la Gita : lorsqu’il utilise le mot « moi »,
il se réfère à tout ce qui symbolise la Réalité, pas seulement Lui-même.
Bhakti Yoga nous demande de pratiquer la méditation, de nous efforcer à l’équanimité
en toute circonstance (Samata), à être satisfait (Santosha), même lorsque les
choses sont difficiles, et à être fondamentalement confiant (Shraddha) envers
l’Intelligence sous-jacente laquelle, ayant été suffisamment unifiée pour
créer et soutenir l’univers, doit être capable de nous soutenir également.
Nous devrions nous réjouir du bien-être d’autrui ; après tout, chacun
et chaque chose sont l’expression de cette même Intelligence.
La Gita encourage le lâcher-prise – « Que ta Volonté soit faite ».
Cela ne s’obtient pas grâce à un renoncement et une croyance aveugles, mais
plutôt par la maturité qui vient au pratiquant de yoga à travers l’expérience
directe et la sagesse. Vers la fin de la Gita, Arjuna dit :
« Ô Krishna, par ta grâce
mon trouble et mon ignorance sont détruits. Mes doutes sont dissipés. Ma mémoire
[de la Réalité] est revenue. Je suivrai désormais ta Volonté [pas la mienne] »
(18.73).
Pour le Bhakta (dévot), la plus grande
liberté est l’abandon à Dieu. Une participation volontaire et heureuse dans
l’œuvre de Dieu est le devoir du dévot.
Une grande partie de la Gita concerne spécifiquement Bhakti Yoga, surtout la
fin du chapitre 11 et tout le chapitre 12 qui est intitulé « Bhakti
Yoga ».
Karma Yoga
signifie abandonner et dédier les fruits de l’action à un Principe Supérieur.
Ceci est un élément fondamental de l’enseignement de la Gita et, en effet,
la Gita est le texte le plus complet sur le Karma Yoga. Le Chapitre 3, intitulé
« Karma Yoga », le chapitre 4, « La Sagesse dans
l’Action » et chapitre 5 « Le yoga de l’Action Dévouée »
traitent tous directement ce sujet. Par exemple :
« Les Sages disent
d’une personne qu’elle est sage lorsque tout ce qu’il (ou elle) entreprend
est libéré de l’attente du fruit de ses actions ; tous ses désirs égoïstes
se sont consumés dans le feu de la
sagesse » … « leur sécurité n’est pas affectée par les résultats
de leurs actions ; même pendant qu’ils agissent ils ont le sentiments de
ne rien faire ». (…) « Libres de l’attente et de tout sentiment
de possession, l’esprit clair et uni à la Conscience, ils ne créent aucune réaction
(karma) en agissant et en travaillant. (…) ne se mesurant à personne, ils
sont égaux dans le succès et dans l’échec ; se contentent de tout ce
qui leur arrive (…) sans attachements égoïstes, ils travaillent dans un
esprit de service et, de cette façon, leur karma (attachements matériels) se
dissipe » (4.19-23).
Travailler
pour agir nous maintient dans l’ignorance et l’esclavage, ne pas travailler
ni agir nous maintient également dans l’ignorance. Mais travailler tout en méditant
régulièrement, amène un changement d’attitude et de compréhension ;
nous prenons conscience que nous sommes le moyen d’agir plutôt que celui qui
agit. Ceci amène une transformation intérieure et nous permet d’évoluer
vers la réalisation spirituelle et la liberté.
Dhyana Yoga.
C’est le yoga de la méditation. La Gita met l’accent sur la méditation car
elle engendre un raffinement de notre perception :
« Lorsque ta pensée
est unie à travers la pratique régulière de la méditation, tu deviendras
plus conscient. » (8.8)
La
méditation accorde nos facultés intuitives sans lesquelles nous ne pouvons
comprendre à un niveau plus profond.
Mantra
Yoga. Le yoga du Son est également
mis en avant dans la Gita. Bien que d’une manière brève, différents mantras
très connus y sont mentionnés tels que OM (8.13) OM TAT SAT (17.23 et suite),
Gayatri (10.35). D’autre part, la Gita est Mantra Shastra (« shastra » ;
écriture sainte) – un texte où chaque verset est un mantra. Cela veut dire
qu’en dehors du fait qu’il s’agit d’un manuel de Yoga et de Sagesse
Spirituelle, chaque verset peut être chanté pour amener une transformation
dans notre perception. De cette façon, nous pouvons absorber les enseignements
mystiques du yoga de manière vibratoire. Notre perception peut se transformer
ou augmenter en chantant tout simplement la Gita.
Buddhi Yoga.
Dans la terminologie du yoga, Buddhi est la faculté qui est en chacun de nous
permettant l’éveil de la conscience. C’est un aspect d’Agya Chakra (l’œil
de l’intuition). Bien qu’elle soit au repos chez la plupart d’entre nous,
elle peut être éveillée par des pratiques yogiques. Tant qu’elle n’est
pas éveillée, il est impossible d’acquérir l’intuition suffisante pour
« voir », en quelque sorte, derrière l’écran de notre existence
et par là-même derrière l’existence de chaque chose.
L’éveil
de Buddhi apporte « Bodhi » – Sagesse. Krishna dit à
Arjuna :
« Afin qu’ils
puissent se rendre compte de Ma Nature, J’initie ceux qui me sont dévoués et
qui aspirent à une compréhension plus profonde de Buddhi Yoga
[J’éveille Agya Chakra] » (10.10).
Cela veut dire que la sincérité
dans notre pratique du yoga engendre l’ouverture. Ceci conduit vers une
perception approfondie et Buddhi (conscience et discernement) s’éveille. Si
nous restons à l’écoute de celle-ci, alors nous pouvons gagner la bataille
de la vie ; nous pouvons faire évoluer notre compréhension et réaliser
notre Nature Fondamentale. Dans la Gita, le processus d’éveil de Buddhi
s’appelle Buddhi Yoga. Toutes pratiques, voies et méthodes de yoga mènent de
façon évolutive vers l’éveil de Buddhi.
Buddhi Yoga est l’essence même de la Gita. En éveillant Buddhi et la Conscience,
nous entrons en résonance avec l’Intelligence sous-jacente ; nous
pouvons travailler à partir d’un niveau plus élevé. En fait, si nous
n’exerçons pas cette Conscience et cette Intelligence, alors nous agissons
d’une manière qui n’est pas digne de nos capacités innées et complètes
d’être humain. Pour autant que nous le sachions, les êtres humains sont les
seules créatures (tout au moins sur cette planète Terre) qui ont cette faculté
de Conscience ; mais elle doit être éveillée. Les lois du karma
s’appliquent sur les plans matériel, biologique, énergétique, mental et
social de l’existence – mais la Conscience agit au-delà du karma. Notre
esclavage est lié à notre dépendance de la nature seule ; la Conscience ou la
Voix Intérieure Intuitive de l’Esprit nous conduit à la libération et à la
sagesse.
La Voie de chacun est
différente. Chacun de nous est
unique. Nous avons des tendances différentes. Le yoga Intégral de la Gita
offre un chemin à chacun. Certains sont attirés par le Hatha Yoga, d’autres
par Gyana Yoga, d’autres par le Karma Yoga et d’autres encore par Bhakti
Yoga. La Gita dit :
« Certains
contemplent l’Esprit éternel à travers la Méditation [Dhyana Yoga]
d’autres par Gyana Yoga et d’autres par Karma Yoga » (13.24).
En fait, chacune des voies du yoga peut conduire
à l’appréciation et à la pratique des autres voies du yoga, Gyana Yoga
menant à Bhakti Yoga et ainsi de suite.
La
Voie du Yoga Sadhana (pratique). Le
chapitre 18 donne une vue générale du yoga. Il faudrait commencer par
pratiquer le yoga. Méditez. Passez du temps dans la quiétude - séjournez éventuellement
dans un ashram pendant quelques jours ou quelques semaines. Réfléchissez.
Approfondissez. De tout cela vont éclore Bhakti (un sentiment de reconnaissance
envers l’existence) et Gyana Yoga (connaître la mesure de l’Intelligence
sous-jacente) C’est alors que le vrai Karma Yoga devient possible – on
commence à travailler sans penser à soi ; on acquiert la force et la grâce
de pouvoir surmonter les difficultés ; on commence à avoir le sentiment
que l’on est un instrument. Le chemin de chacun est différent
sans doute mais ceci donne un aperçu
du chemin de l’évolution.
La
pratique du yoga dans la Gita.
Il est fait allusion à beaucoup de pratiques courantes de yoga dans la Gita. En
voici quelques-unes : Shambhavi Mudra (le regard sur le point entre les
deux sourcils 5.27-28), Naumukhi Mudra (les 9 portes 8.12). Pranayama (contrôle
du souffle 4.29), Ajapa Japa (mantra avec le souffle 4.29), les postures
de méditation (6.13) et Nasikagra Drishti (le regard sur le bout du nez
6.13). Ce sont tous des exercices classiques qui font parties de Hatha, Dhyana
et Kriya Yoga et doivent être enseignés par un professeur compétent.
Rendre chaque instant
sacré. La Gita nous encourage à apprécier
le mystère et l’émerveillement de chaque instant et de chaque situation. Au
verset 4.24 par exemple, la Gita nous encourage à être reconnaissant pour
notre nourriture :
« L’offre [de nourriture) est sacrée ; le
beurre [le moyen de cuire les aliments] est sacré ; le feu [la chaleur]
est sacré ; celui-là donc ira vers la Réalisation qui voit ce qui est
Sacré dans tous les actes. »
Ici à l’Ashram nous
chantons ce verset avant chaque repas. Il calme le corps et le mental et induit
le juste état d’esprit pour apprécier, et par là-même digérer ce que nous
mangeons. Il engendre également le sens du sacré envers ce que nous mangeons,
le miracle de la nourriture, sa préparation et le processus de digestion.
La Gita nous encourage à
vivre chaque moment de notre vie pleinement, à offrir chaque action sur
l’autel de la vérité.
« Ce que tu fais,
ce que tu manges, ce que tu sacrifies, ce que tu donnes, ce que tu pratiques, O
Arjuna, fais-m’en l’offrande [L’intelligence sous jacente] » (9.27)
Il en est de même de notre
pratique du yoga, qui devrait être offerte à un But supérieur.
D’une
manière générale, nous pratiquons le yoga pour des raisons personnelles ;
ceci est bien – nous en récolterons aussi les bénéfices. Mais les bénéfices
seront bien plus grands si nous l’offrons à un Principe supérieur. C’est là
que commence la pratique ésotérique du yoga. Efforçons-nous d’y penser
lorsque nous pratiquons le yoga.
Lorsque nous enseignons
le yoga aux autres, cela nous donne
l’opportunité de pratiquer Karma Yoga et nous inspire intérieurement :
« Celui qui
enseigne les secrets du Yoga à autrui, me servant avec ferveur, viendra à moi
[l’Intelligence sous-jacente] sans aucun doute » (18.68).
Mais
la Gita nous prévient : ne parlez pas de ces choses n’importe où, à
ceux qui ne sont pas sincères ou aux incrédules (cf. verset 18.67) sinon vous
attirerez le ridicule et vous ne serez pas compris. Enseignez et partagez avec
ceux qui sont dans une recherche sérieuse et qui sont ouverts à de nouveaux
horizons et possibilités.
Synthèse.
La Gita est une synthèse de la pensée mystique de l’Inde. Elle est le don de
l’Inde au monde. La Gita est une mine de sagesse yogique. La Gita n’est pas
pour ceux qui souhaitent vivre de manière superficielle mais pour ceux qui
souhaitent comprendre l’énigme de l’existence. C’est un manuel du Dharma
(l’action juste), de Gyana (sagesse) et Bhakti (dévotion et amour
inconditionnel) (cf. versets 18.70-71).
Cet article est un aperçu
– son but est de vous donner une idée de quelques-uns des joyaux que vous
pouvez trouver dans la Gita ce qui, je l’espère, vous donnera envie de
l’approfondir par vous-même. Des centaines de traductions et de commentaires
existent aussi bien en anglais que dans d’autres langues – chacun la traite
sous un angle différent, tous valables. Cherchez. Trouvez une traduction qui
vous touche. Elle sera alors pour vous une mine d’inspiration et de conseils
pratiques.
Souvenons-nous qu’en tant qu’êtres physiques, nous sommes
minuscules. Pourquoi être égoïste et centré sur soi-même ?
Ouvrons-nous aux dimensions plus larges de l’existence. Voici l’enseignement
essentiel de la Gita.
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